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Curieuse coïncidence





Quand une « Jeanne d’Arc » en révèle une autre

La presse française a largement fait écho de la jeune béninoise devenue célèbre à Orléans pour avoir été désignée pour «  incarner «  Jeanne d’Arc »
Cette histoire en rappelle une autre … Lisez bien les deux récits ci-dessous

France : choisie pour incarner Jeanne D’arc, Mathilde Gamassou, d’origine béninoise, cible des racistes

La Rédaction 25 février 2018

En France, la fachosphère ne semble pas apprécier le choix porté sur une jeune métisse d’origine béninoise pour incarner l’héroïne des français Jeanne d’Arc. Au point où même Marine Le Pen a dû réagir. Retour sur une affaire qui fait grand bruit sur la toile française.

Elle s’appelle Mathilde Edey Gamassou, d’origine béninoise par son père, polonaise par sa mère et de nationalité française. Âgée de 17 ans et en classe de première, elle a été choisie pour incarner l’héroïne française Jeanne d’Arc lors des prochaines festivités dans la ville d’Orléans.

Une décision qui a provoqué la colère de la fachosphère qui depuis s’emploie à insulter la jeune fille sur la toile. Tantôt traitée de moche, tantôt insultée parce qu’elle incarne une française de souche alors qu’elle est métissée (d’après les arguments de la fachosphère).

Au point où le comité Jeanne d’Arc a dû déclarer que la jeune femme mérite totalement d’incarner ce personnage parce qu’elle respectait les critères mis en place. D’après le maire de la ville, Olivier Carré : “Mathilde a été choisie par le jury. Seul critère : qu’en 2018 comme depuis 589 ans, le peuple d’Orléans célèbre Jeanne d’Arc par une jeune femme qui évoque son courage, sa foi et sa vision. Mathilde possède toutes ces qualités.” La secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre femmes et hommes, Marlène Schiappa lui a également apporté son soutien.

Invitée sur BFM TV, la présidente du Front National, Marine Le Pen a elle-aussi pris la défense de la jeune fille : “C’est honteux ! Il faut que tout le monde comprenne que ces fêtes qui se déroulent chaque année sont là pour exprimer les valeurs que défendait Jeanne d’Arc Ce n’est pas un “biopic” de Jeanne d’Arc, ce n’est pas un film (sur) Jeanne d’Arc, ce sont des valeurs d’engagement, ce sont des valeurs de foi. Et cette jeune fille, en l’occurrence, répond à tous les critères et ceci n’a évidemment strictement rien à voir avec la couleur de la peau”.

Le procureur de la République d’Orléans a depuis ouvert une enquête pour “provocation publique à la discrimination et la haine raciale“.

 

Curieuse coïncidence : JEANNE D’ARC ET LE DAHOMEY (BENIN)

Le Père Francis Aupiais, de la Société des Missions Africaines de Lyon est une figure légendaire au Dahomey dont il devint député à l’Assemblée Nationale française. Parmi les souvenirs qu’on retient de son très apprécié service dans ce pays africain, on rappelle que c’est lui qui avait sélectionné une jeune dahoméenne du nom de Jeanne Singbo pour incarner la Jeanne d’Arc d’Orléans au cours des manifestations que l’on organisait à l’époque. C’était en 1925 à Porto Novo.

Jeanne d’Arc Singbo épousera en janvier 1929 Joseph Tévoédjrè maitre d’école et d’instruction religieuse et donnera naissance à sept enfants dont Albert devenu Médiateur de la République du Bénin, désormais Frère Melchior, promoteur de la paix par un autre chemin et initiateur de Théophania , la maison Africaine de la paix qui sera inaugurée le 19 mars 2018 à Adjati, village familial des « Tévoédjré ». Un autre fils, Virgile a été Ambassadeur du Benin près le Saint Siège à Rome.

 Jeanne d’Arc Singbo

  

Francis Aupiais était missionnaire, éducateur et ethnographe.

Francis Aupiais - Jeanne d'arc

Né en France en 1877 à Saint-Père-en-Rentz, Aupiais entre au séminaire de la Société des Missions Africaines (SMA) à Lyon en 1901, et il est ordonné prêtre en 1902. L’année suivante il arrive au Dahomey (la République du Bénin présente) et (sans compter une réassignation au Dakar pendant la première guerre mondiale de 1915 à 1918), il travaille au Dahomey d’abord comme enseignant, et ensuite comme directeur des écoles de la mission jusqu’en 1926. En 1925, il fonde le journal dahoméen, La Reconnaissance Africaine non seulement pour promouvoir la reconnaissance des qualités positives des traditions africaines mais aussi pour encourager et pour faire publier les études ethnographiques des sociétés africaines faites par les chercheurs indigènes.

Le supérieur de la mission de Porto-Novo (1918-1926)

Son sens pastoral l’amène à mettre en valeur une célébration qui existe à l’occasion de la fête de l’Epiphanie, cette fête où les mages viennent honorer l’enfant Jésus dans sa crèche : les « Brésiliens » (anciens esclaves revenus du Brésil au XIXe siècle) l’avaient ramenée de Bahia et introduite à Porto-Novo. Avec l’aide de Zounon, conteur réputé et « roi de la nuit », le P. Aupiais compose des tableaux vivants avec dialogues et chants. La fête connaît alors un regain de succès populaire.

En 1920, Jeanne d’Arc est canonisée. Son culte est vivant et très populaire, car on pense que sa protection a contribué à la victoire de 1918 qui a mis fin à la Grande Guerre. Plusieurs missions au Dahomey organisent alors des processions, autour d’une Jeanne d’Arc montée sur un cheval, ou sur une auto. En 1925, le P. Aupiais lance une telle procession à Porto-Novo, qui attire une immense foule. Cette procession va se renouveler chaque année, au mois de mai.

En vue de constituer une Exposition missionnaire au Vatican en 1925, le pape Pie XI demande, dans les années 19231924, à tous les Chefs de mission de lui faire parvenir des objets témoignant de la culture des gens au milieu desquels ils vivent. Mgr Steinmetz, vicaire apostolique du Dahomey, qui connaît le goût du P. Aupiais pour tout ce qui concerne la civilisation dahoméenne, charge ce missionnaire de rassembler cette collection d’objets à envoyer au Vatican.

Parallèlement, le P. Aupiais rassemble autour de lui des lettrés dahoméens, afin de « dissiper l’équivoque par laquelle on fait une supériorité absolue de la différence qui existe entre l’état dit « civilisé » et l’état dit « primitif » au service du premier ». Ce principe est énoncé par Francis Aupiais dès le premier numéro d’une revue, qui n’est pratiquement rédigée que par des Dahoméens (instituteurs et grands séminaristes), La Reconnaissance africaine (1925).

Le P. Aupiais lance la construction d’une grande église à Porto-Novo. Il décide d’utiliser son prochain congé en France pour quêter, afin de mener à bien cette construction.

Au Bénin, deux établissements de formation fondés par les missionnaires de Lyon à Notre Dame de Fourvière, le 08 décembre 1856 par Mgr Melchior de Marion Brésillac, restent parmi les plus performants de l’Afrique francophone : le collège Francis Aupiais à Cotonou et le collège Jeanne d’Arc à Abomey.

Rassemblement Bénin - Jeanne d'Arc

 

par Albert Tévoédjré, appelé frère Melchior, membre honoraire des missions Africaines. Pour le connaître un peu plus : https://africa.la-croix.com/albert-tevoedjre-missionnaire-beninois-de-paix/