Société des Missions Africaines une porte ouverte sur l'Afrique

Religions en Afrique : Mouvements religieux actuels, par Bruno Chenu

Auteur : Bruno Chenu

Date de publication : vendredi 22 décembre 2006

Cet article appartient aux catégories suivantes : Afrique (général), Religions.

Quelques notes de Bruno Chenu sur l’animisme, l’Islam, les Eglises chrétiennes, les nouveaux mouvements religieux aujourd’hui en Afrique.

L'animisme

Je me trouvais, il y a quelques jours, dans un avion d’Air France et mes yeux ont été attirés par un magazine luxueux qui était celui de la compagnie, paru en février 1999, avec le titre « Côte d’Ivoire, l’animisme inspiré ». La traduction anglaise disait : « une nouvelle forme d’animisme » et le grand article de ce numéro portait donc sur une nouvelle religion. Le journaliste est allé se promener du côté d’Abidjan où il a trouvé un philosophe, cinéaste, écrivain, quelqu’un qui a eu un itinéraire en France et en Côte d'Ivoire. C'est le prédicateur d'un animisme, le bossnisme, un animisme qui réconcilierait enfin la foi et la science pour le bien de l'Afrique et des Africains. Ce n'est pas un retour pur et simple à la religion ancestrale. Voilà ce qu'il nous dit: "Nous essayons maintenant de resurgir de l'abîme dans lequel nous avons été précipités pour voir le nouveau soleil africain et ce n'est certainement pas avec les lunettes du blanc." Le journaliste fait son petit commentaire en ajoutant : « comme on dit souvent, en Côte d'Ivoire il y a 24 % de musulmans, 14% de chrétiens et 100% d'animistes ». "Dans le projet colonial, ajoute-t-il, il fallait être cultivé, aller à l'école, être chrétien. Quand aujourd'hui encore un africain va à l'hôpital il place sa bible à coté de lui et son canari fétiche sous le lit. Mes parents étaient animistes et ont été christianisés. Or la christianisation et l'islamisation de l’Afrique sont des aventures ambiguës. Il y a cette paresse qui consiste à paraître ce qu'on t'a obligé à être : moi je ne confie pas mon destin à la paresse, j'ai cessé d'être catholique pour être un rebelle, un résistant. Il ajoute que dans sa nouvelle perspective, il est monothéiste, son Dieu c'est Mia Mian qui envoie sur terre des esprits, les bossons, intermédiaires du Dieu unique, une parcelle de la puissance divine qui peut agir dans le monde des hommes. Pour communiquer avec les génies, il y a les" commyant"; les prêtresses au visage et au corps blanchis au kaolin qui entrent en transes et pratiquent la guérison et la divination. Ce qu’il cherche c’est un nouvel humanisme pour l'homme africain. Avec ces côtés très africains, comme ceux de l'évocation des génies, il y a aussi la volonté de réconcilier la foi et la science, car "le développement de l’Afrique ne peut pas se faire en dépit de la science" . Donc le bossonisme occupe la partie spirituelle de l'individu mais de manière non aliénante, à côté de la part rationnelle et scientifique. Cette spiritualité permettra à la science d'être au service de l'homme. II y a des aspects très africains et des aspects très modernes dans cette démarche et finalement dans la chute de l'article : 'l'animisme est une religion très ancienne parce que c'était la religion de Lucie, notre ancêtre à tous". Il s’agit d’un mariage de pratiques africaines et d'une influence occidentale, à travers l'apport de la rationalité, de la science, une sorte de modernisation de la religion traditionnelle africaine. "La religion traditionnelle africaine constitue le contexte religieux, culturel d'où viennent la plupart des chrétiens en Afrique et dans lequel ils vivent encore " (Lineamenta du Synode Africain N'69).

On insistera jamais assez sur la perspective globalisante de la religion africaine, elle pénètre les dimensions de la vie sans instaurer des coupures entre le sacré et le profane dont nous sommes familiers en occident et éventuellement victimes. Nous avons un système de relation et de correspondance qui va donner cohérence à l'univers entier. On peut dire que la religion africaine est une religion de la vie, et que la vie est un tout organisé avec un dégradé de puissances spécialisées. Une harmonie universelle existe par la participation de toutes choses à l'énergie vitale du monde. Cette énergie, cette puissance qui vient de Dieu est distribuée selon un ordre descendant d'abord aux divinités moindres, aux chefs de famille et à tous les membres de la famille. Cette religion africaine n'est pas d'abord centrée sur Dieu ou le cosmos, ou les forces du mal, mais sur les hommes et les femmes, sur les humains du côté des vivants et sur les ancêtres du côté des morts. Les dieux existent pour les humains et les humains existent en tant que tel pour une communauté de vie. C'est la fameuse formule de John Kitti "Je suis parce que nous sommes et parce que nous sommes je suis. " La tâche des humains consiste à endiguer au maximum le mal, la maladie, l'échec, tout doit concourir à la célébration et à l'explosion de la vie d'où le culte de la fécondité. On cherche un bonheur ici-bas et non pas dans l'au-delà. Un spécialiste anglais a utilisé cinq termes pour une approche des religions africaines : le pouvoir de la vie, le souci de l'homme, la recherche de plénitude, la continuité du temps et la santé. Voilà donc quelques mots sur la religion traditionnelle africaine, pour ne pas l'oublier totalement parce qu'elle est toujours à l'arrière plan des consciences.

L'Islam

Il y a plusieurs Islams en Afrique. La distinction que je préfère c'est celle que le père Grenot avait exprimée lors de petites conférences à l'occasion du synode africain en distinguant l'islam de la conquête (Vll° siècle) qui s'est imposée à toute l'Afrique du nord malgré des vicissitudes et des résistances surtout berbères, l’islam des marchands, celui des prédicateurs, celui des marins. Le premier est essentiellement arabe, véhiculé avec la langue arabe. Le second, l'islam des marchands, est descendu vers le sud ou le centre de l'Afrique en utilisant les caravanes et les circuits commerciaux. II y eut l’Islam des prédicateurs qui a donné naissance à de grandes confréries qui modèlent fortement le paysage religieux de l'Afrique de l'Ouest. L'islam des marins de la côte orientale de l’Afrique est moins connu parce que nous sommes francophones. Au fil des siècles les marins d'Oman, du Yémen faisant du cabotage sur la côte africaine ont donné naissance à la civilisation swahili et à partir des côtes il y eut pénétration à l'intérieur. Donc pluralité des islams. II est difficile d'avoir des données statistiques précises. On dit qu'il y a plus de 150 millions de musulmans en Afrique, diversement répartis dans les pays.

On peut remarquer qu'il y a des affinités entre l'Afrique noire et l'Islam. On peut trouver des analogies de structures sociales et de vie entre ce qui a été prôné par l'Islam et ce qui est vécu en Afrique, du point de vue de la structure familiale et de certains rites. La place de l'oralité est aussi considérable des deux côtés. La croyance aux esprits y existe. Autre attrait, l'Islam a démontré, en Afrique au moins, sa faculté d'adaptation, sa plasticité et s'est adapté, inculturé. La figure du marabout, sorte de bas-clergé omniprésent, est un autre argument par rapport au christianisme. Il y a aussi la simplicité de l'Islam. A partir du moment où vous pratiquez les cinq piliers, vous n'avez pas besoin de catéchèse, ni d'une longue préparation. La profession de foi assez simple, la prière, l'aumône, le jeune, le pèlerinage et enfin l'expérience d'une communauté large, une super ethnie, suffisent.

Aujourd'hui l'islam est descendu progressivement en Afrique par l'Ouest, le Centre et l'Est. Nous avons des phénomènes islamiques en Afrique noire comme ailleurs. C'est une sorte de recours religieux devant l'échec des politiques, des hommes, capitalistes ou socialistes, une forme de rejet de l'Occident qui se joue à travers l'islamisme. II y a la volonté de recourir à la religion comme à une planche de salut. J'ai relevé cette réflexion d'un penseur tunisien qui disait" Ils sont nus, ils n'ont que Dieu, va-t-on aussi le leur enlever. "

Les Eglises Chrétiennes

A propos des Eglises chrétiennes, il faut toujours se rappeler que l'évangélisation de l'Afrique est un phénomène récent. II y a eu une première évangélisation au nord de l'Afrique dés les premiers siècles. Et ensuite ce furent la Nubie et l'Éthiopie. L'Egypte est le berceau du monachisme chrétien, avec des hommes comme Antoine et Pacôme. Le christianisme est présent au milieu du deuxième siècle en Afrique du Nord et cela a donné des gens remarquables comme Tertullien, Cyprien, Augustin. On parle en Afrique de Nord de 680 évêchés en 430. C'est une chrétienté florissante et puis il y a eu l'invasion arabo-musulmane au VII° siècle et la disparition pratiquement totale des communautés chrétiennes.

La deuxième vague au XV° siècle, c'est l'étape portugaise qui va déboucher sur la traite des noirs ce qui n'est pas un exploit des pays chrétiens concernés.

Enfin au XIX° siècle, du côté protestant comme du côté catholique, il y a eu une forte poussée d'évangélisation avec un lien parfois équivoque avec la colonisation. On a apporté l'évangile à plusieurs voix et ces voix étaient souvent concurrentes.

Il faut souligner, contrairement à certaines affirmations péremptoires, que si l'islam progresse en Afrique, le christianisme progresse également. L'Eglise catholique progresse de telle façon qu'on peut dire que dans aucune partie du monde le christianisme n'avance autant qu'en Afrique noire.

Les chiffres sont assez intéressants, même si on peut toujours discuter de leur valeur. En 1934, nous avions 6 733 868 catholiques. 7 ans avant on en n'a comptabilisé que 3 202 993, donc en 7 ans on a doublé. En 1946, 7 millions en demi, en 1955, 15 millions et demi en 1972, 42 millions et en 1995 on approchait des 100 millions de catholiques, soit 14% de la population. Au total on parle de 250 millions de chrétiens, toutes Eglises confondues, pour plus de 700 millions d'habitants.

II y a des églises anciennes, celle d'Éthiopie et d'Algérie, il y a des églises relativement nouvelles, 50 ans au Tchad. La taille de Eglise du Niger n'a rien à voir avec la force de la communauté chrétienne en République démocratique du Congo. Au Niger il y a 2500 à 3000 baptisés nigériens. Mais en face de la croissance des chiffres il est nécessaire de souligner la fragilité de ces églises, fragilité due certes au contexte politique, économique, social et sanitaire mais fragilité due aussi à des raisons internes. Ces communautés n'ont ni l'autonomie décisionnelle ni l'autonomie financière ni l'autonomie apostolique, elles sont trop souvent sous tutelle, sous perfusion. Elles demeurent dépendantes à de multiples niveaux des Eglises du Nord, elles reproduisent la plupart du temps un modèle occidental et n'ont pas encore toujours plongé très profond dans l'âme du peuple africain. On l'a bien vérifié avec la tragique histoire du Rwanda.

Les signes d’espoir pour le christianisme en Afrique

Une des caractéristiques des Eglises d’Afrique c’est la jeunesse de leurs membres.. Cela signifie parfois des insouciances mais aussi un potentiel énorme, un christianisme festif qui a le goût des célébrations de masse, chantantes, dansantes II y a aussi une capacité extraordinaire à surmonter les difficultés. Certains parlent de fatalisme mais on peut aussi lire une foi dans la vie qu'aucune épreuve ne peut endiguer.

Autre aspect porteur d’avenir, c'est une certaine intégrité morale et un engagement social. On l'a vu lors des conférences nationales qui se sont tenues dans un certain nombre de pays. A Kinshaha, dans une situation de survie, les chrétiens ont un rôle considérable. Ils font concrètement énormément de choses pour que les situations s'améliorent et que les droits des personnes à la vie, soient possibles et respectés. L'église catholique, les églises chrétiennes en général sont parmi les institutions sur lesquelles la population peut encore s'appuyer dans un pays où la situation n'est pas brillante.

Je conclus avec la formule de François Cava... "si le christianisme est une chance pour l’Afrique, l'Afrique est aussi une chance pour le christianisme". A travers le type d'expression chrétienne, le type de communautés, le type de ministères mis en place, il y a une nouvelle manière de vivre la Foi, une nouvelle manière de réfléchir la foi qui peut être un apport à l'ensemble du christianisme à travers le monde à l'ensemble de l'Église Catholique.

Les églises indépendantes Nouveaux mouvements religieux

J'en arrive maintenant aux nouveaux mouvements religieux, tout particulièrement les églises indépendantes africaines. On peut dire que la crise que connaît l'Afrique aujourd'hui multiplie les phénomènes religieux. Eloi Messi le reconnaissait dans l'entretien qu'il a donné à « l'actualité religieuse » en juillet-août 1997 : " on assiste à une multiplication des sectes, des sociétés secrètes. Les Eglises sont pleines, on a jamais vu autant de groupes de prières ".

Dans un autre texte de 1998, il disait "Ce qui frappe le plus, c'est le réveil des religions traditionnelles, l'essor des Eglises indépendantes ou afro-chrétiennes, la multiplication des sectes d'origines chrétiennes ou extrême orientales, groupes de prière qui envahissent jusqu'aux campus universitaires, foisonnement religieux, depuis la réactivation des religions traditionnelles, jusqu'à l'importation de cultes ésotériques occidentaux, extrême-orientaux, enfin un éventail religieux ou un bric à brac religieux tout à fait extraordinaire".

Ce qui se passe au niveau religieux en Afrique est une sorte d'arbitrage entre la dimension d'universalité et celle de localisation. Au départ il y a eu effectivement une rupture et une appropriation puisée quelque part. Ces communautés se sont séparées d'une église protestante à l'appel d'un prophète. Elles ont cherché à mieux répondre à l'appel des africains en proposant un christianisme réajusté et réinterprété. Dès lors on peut dire qu'elles se situent à l'intersection d'une crise de société et d'une critique du christianisme.

D'une façon un peu globale, ce qui fait bourgeonner ces groupes c'est la crise du continent africain. Devant l'ébranlement de toutes les structures traditionnelles, l'africain cherche un salut dans ces nouveaux mouvements religieux. Là il va être accueilli dans une famille élargie, là il va pouvoir exprimer son être profond, là il va pouvoir participer à l'élaboration d'une société plus fraternelle, plus juste, plus communicante. Le phénomène de déracinement avec l'urbanisation vertigineuse que connaît l'Afrique alimente la désorientation spirituelle.

Dès lors, dans la situation d'insécurité et de précarité qui est celle de beaucoup de pays africains, le premier marchand de bonheur a du succès. Ces groupes religieux avancent éventuellement une critique du christianisme en tant que système colonial étranger à l'Afrique. Quand il s'agît de groupes chrétiens évidemment ils confessent bien Jésus-Christ comme Seigneur et Sauveur mais il veulent une africanisation en profondeur de la foi chrétienne.

Eric de Rosny a bien décrit le processus de la progression de ces groupes quand il dit "Il aura fallu dans la plupart des cas un temps d'incubation d'une soixantaine d'années en moyenne entre l'arrivée des premiers missionnaires dans un pays et l'éclosion d'un mouvement religieux indépendant dans ce même pays " (L'Afrique des guérisons). Quand un prophète surgit, aussi soudaine et surnaturelle qu'apparaisse sa vocation, il est le porte-parole, l'expression d'un mouvement qui couve depuis longtemps Autrement il n'est pas suivi et reste au rang des faux mystiques dans l'ombre de son village ou d'une prison.

Pendant des dizaines d'années de maturation et d'appropriation une symbiose s'est opérée progressivement dans les milieux populaires entre le christianisme et la religion coutumière. Elle se fait à l'abri des missionnaires et vient au jour avec l'émergence d'un prophète. Quelque chose s'est tramé en quelque sorte dans la conscience populaire et s'est cristallisé autour d'un prophète. Cette création, ce surgissement religieux n'est pas vécu comme un schisme. Lorsqu'on regarde de l'extérieur on pense que c'est une logique de disparition du christianisme. Non, c'est vécu comme un enrichissement, c'est la fécondité de l'esprit qui suscite de nouveaux groupes religieux.

Ces communautés qui ont fleuri depuis le début de !'évangélisation, on en parle déjà au Congo au XVI° et XVII° siècles, ont connu une nette accélération au vingtième siècle. On distingue plusieurs types mais les distinctions ne sont pas toujours évidentes entre les types éthiopiens, en Afrique du sud on en trouvera beaucoup parce que l’Eglise (hollandaise) dominante était raciste. On comprend bien que les africains ont voulu s'approprier le christianisme sous la forme d'autres églises. II y a des types plus charismatiques, avec autour de certains leaders mettant en valeur les charismes de guérisons et d'exorcismes, la pratique du baptême par immersion, la prière, la danse. Le prophète charismatique est souvent un messie, le fondateur ou la fondatrice, parce qu'il y a beaucoup de femmes à l'origine de ces mouvements. Il annonce la révolution pour bientôt, le renversement spectaculaire de la situation, la venue d'un sauveur qui instaurera un royaume de prospérité et de paix. II y a donc un aspect non seulement messianique mais millénariste. Ce type millénariste a fleuri au moment des luttes pour l'indépendance par exemple.

II y a également le type aladura qui exalte le rôle de l'Esprit Saint, de la prière et des charismes. Quelque soit le type historique lié à telle région d'Afrique, tel ou tel événement avant l'indépendance, ce qui est frappant c'est que le groupe religieux prend en charge la santé de l'individu, ses rapports avec la communauté, le visible et l'invisible. On gère les rapports complets de l'individu. Ce christianisme rejoint une aspiration fondamentale de l'être africain qui est le culte de la vie, la recherche continuelle d'un accroissement de vie, une proposition d'épanouissement et d'enrichissement de la vie. Comme le dit un observateur "les églises indépendantes offrent une forme de christianisme plus populaire qui est en même temps une foi fervente et thérapeutique s'accompagnant à l'occasion de recours plus ou moins magiques à la prière et à la Bible." C'est vrai que beaucoup de ces groupes présentent des solutions concrètes aux problèmes concrets des gens. Solutions qui fonctionnent beaucoup sur base de rites thérapeutiques. C'est le système de subvention et d'assistance.

Les gens ont l'impression que c'est une nouvelle religion qui s'occupe de leur maux et de leurs problèmes concrets. Alors le prophète emploie des symboles connus, issus de la tradition locale, le jeu des couleurs, la transe, la danse, les plantes médicinales les gestes thérapeutiques traditionnels. II s'inspire de la tradition et en même temps fait appel à des éléments modernes et chrétiens tels que la Bible, l'eau bénite, le baptême, la confession, la communion, la croix, les bougies, l'imposition des mains. Ce qui est très caractéristique c'est que ces groupes chrétiens laissent entendre qu’ils guérissent, qu’ils répondent immédiatement aux problèmes. Ailleurs, c'est à dire chez les grandes églises historiques, on ne répond pas. "Tu veux savoir si Jésus guérit ... viens ici ". C'est le genre de slogan utilisé pour entraîner à l'adhésion à une église indépendante ou indigène, à cette nouvelle initiative africaine en christianisme.

Dans ce souci de répondre aux problèmes immédiats il y a l'utilisation de la bible qui est importante. La bible est utilisée dans un sens assez fondamentaliste avec une valorisation souvent importante de l'ancien testament dans la mesure là aussi où l'africain ressent une connivence avec la démarche de l'ancien testament par rapport à sa culture traditionnelle.

Donc, dans la mesure où la vie africaine dans ses églises se porte toujours sur des prophètes et des prophètes qui ont des révélations, qui sont des songes, dans la bible aussi il y a des songes, il y a des pratiques thérapeutiques, il y a des miracles, des guérisons. Dans le nouveau testament, il y a aussi des choses de cet ordre. Une identification s'effectue par rapport au peuple juif dont les prescriptions sont souvent prises à la lettre.

Combien d'églises sont-elles comptées dans cette catégorie mouvante ? Là aussi les statistiques sont difficiles, en 1980 on avançait le chiffre de 6 000, aujourd'hui on parle de 10 000, avec près de 60 millions d'adeptes. Les grandes régions pour ces églises sont l'Afrique du Sud à cause de l'apartheid, le golfe de Guinée au Nigéria. On parle de 800 églises indépendantes, 200 au Ghana et en Afrique Centrale notamment Zaïre et Kénia où on compte 600 groupes différents pour la République démocratique du Congo. Ce sont des églises champignons.

Qu'est-ce que ces Eglises peuvent apporter au Christianisme ? Un sens de la plénitude de la création parce que les occidentaux, les chrétiens en général, ont perdu le sens symbolique. II y a un sens de la fécondité, de la vie que nous renouvelons, le sens de la famille et de la communauté, la communion des saints, les relations entre les vivants et les morts, l'Eglise qui donne la vie à la Société à travers l'influence de ses membres. Ce n'est pas très original mais tout culmine dans la guérison spirituelle. C'est le but de toute activité liturgique ; la méditation de l'évangile doit toucher le cœur et l'esprit. On retrouve la dimension thérapeutique du christianisme. Ce qui est à noter enfin c'est que ces églises sont maintenant présentes dans les grandes métropoles occidentales par le biais de l'émigration évidemment vous avez des communautés relevant de ces églises à Paris et ailleurs. C'est un aspect de la mondialisation.

Conclusion

Nous percevons bien à travers ces mouvements religieux une volonté d'universalité. On puise quelque chose dans le vivier des religions universelles ou universalistes (christianisme ou islam). Il y a aussi une volonté d'identité. Cette volonté n'est jamais suffisamment assumée au dire des africains par ces religions universelles. II y a donc toujours une recherche d'africanisation. Je pense que toute religion universelle (d'abord le Christianisme) est mise au défi d'assurer à la fois la dimension universelle et la dimension particulière, africaine. La mondialisation entraîne toujours des contrecoups locaux, elle entraîne toujours des revendications d'identité. Comment faire pour que ces identités ne soient pas simplement locales mais s'articulent à une vision de l'universel ? C'est le défi typique de la mondialisation et je pense que les nouveaux mouvements religieux en Afrique sont simplement une forme de réponse à ce défi d'articuler l'universel et l'identité.

Bruno Chenu