Société des Missions Africaines une porte ouverte sur l'Afrique

Les jeunes Africains entre modernité et tradition »

Auteur : Tidiane Diakité

Date de publication : mardi 28 août 2007

Cet article appartient aux catégories suivantes : Afrique (général), Culture.

D'une manière caricaturale, l'Afrique actuelle est un continent partagé entre tradi­tions et modernité.

L'Afrique des anciens, caractérisée par les traditions et attachée aux hiérarchies coutu­mières, côtoie ou cohabite avec l'Afrique des jeunes, sensibles aux influences extérieures notamment grâce aux nouvelles technologies de communication. Cette jeunesse envi­sage alors un nouveau style de vie. Ce faisant, elle refuse d'être enfermée dans le carcan de la tradition et cherche à s'en émanciper sans pour autant la rejeter totalement. Cette Afrique moderne se trouve donc en pleine transformation socioculturelle, l'aspect de la construction identitaire chez les jeunes n'étant que la partie émergée de l'iceberg. Ces deux mondes, bien que très proches et très liés, ne semblent pas pouvoir fusion­ner. Le syncrétisme paraît impossible, tant ces deux réalités africaines inter­dépendantes l'une de l'autre ne sem­blent pas miscibles.

Quant à la construction de l'identité chez les jeunes, il s'agit surtout d'une création culturelle. La culture, consi­dérée comme processus dynamique, mobilise à la fois le patrimoine ancien et les éléments extérieurs indispen­sables à un individu, à un groupe ou à une société toute entière pour qu'ils puissent créer quelque chose de nou­veau. Cette alchimie complexe se trouve à la base de l'identité humaine.

Pour illustrer ses observations sur l'Afrique des jeunes, Monsieur Diakité s'est appuyé sur trois exemples maliens qu'il a pu observer au cours de ses travaux.

Premier exemple

Prés de son village au Mali, Monsieur Diakité a observé des jeunes, fils de paysans, qui avaient vécu en France pendant plusieurs années. De retour dans leur pays, ils décidèrent de créer une coopérative agricole. S'inspirant des techniques de production et d'or­ganisation qu'ils avaient apprises en Europe, ils sont parvenus à produire davantage que les autres fermiers du village. Ces résultats provenaient d'une exploitation rationnelle de leur terre. Cependant, cette façon de pro­céder était en totale contradiction avec les usages de l'agriculture tradi­tionnelle. Par exemple, afin de pou­voir optimiser les pluies et les don­nées naturelles, ces jeunes agriculteurs ne respectaient pas les dates de récoltes traditionnellement fixées par le Chef du village à l'issue d'une céré­monie particulière. Au contraire, ils consultaient les services de météoro­logie sur Internet, ce qui remettait en question l'autorité des « vieux ». En effet, en vertu de la hiérarchie, nul ne pouvait s'opposer au calendrier tradi­tionnel du village, élaboré entre autres après consultation des morts et tenue de cérémonials ancestraux. Cette remise en cause de la tradition a natu­rellement conduit à un conflit intergé­nérationnel. Face à l'hostilité franche des vieux du village, les jeunes agri­culteurs ont nommé une personne de 1a coopérative afin de s'occuper des relations avec le conseil du village. Ce dialogue a par la suite porté ses fruits puisque, quelque temps après, le rap­port conflictuel entre les différentes générations s'est transformé en une relation de coopération.

Deuxième exemple

Dans un théâtre à Bamako, Monsieur Diakité a eu l'occasion d'assister à une pièce abordant le sujet du mariage forcé. Comme l'exemple précédent, ce sujet constitue une des probléma­tiques symptomatiques du rapport entre la tradition et la modernité. L'histoire porte sur le mariage forcé d'une fillette de 12 ans à un homme plus âgé. Cette adolescente ne sou­haite absolument pas épouser cet homme. En effet, elle préfère pour­suivre ses études. S'opposant vigou­reusement à sa mère, elle lui reproche à la fois de s'être mariée à 1 4 ans et d'accepter d'être battue par son mari sans élever de protestation particu­lière. Afin de débattre de cette éduca­tion tiraillée entre tradition et moder­nité, cette pièce de théâtre est ensuite rejouée avec les spectateurs. Aussi, après la représentation, ils montent sur scène et mettent en scène leur propre expérience. Au cours de cette séquence se met en place une véritable interaction avec le public. L'engagement des jeunes à défendre la position de la jeune fille est alors frappant, considérant l'école comme un élément essentiel de la construc­tion de l'identité et un des vecteurs d'émancipation.

Troisième exemple

Des associations des jeunes religieux, telles que les « Cercles religieux de réflexion » ou encore les « Cercles des jeunes théologiens », s'attaquent aux interdits et s'engagent également de plus en plus dans la lutte contre les violences familiales. A l'opposé de la tradition africaine, fondée principale­ment sur la transmission orale du savoir, ces jeunes religieux cherchent leurs arguments dans l'écriture ainsi que dans les textes religieux. Et puisque toutes les structures sociales sont construites par les êtres humains, ils se disent que l'on doit aussi pou­voir les changer quand il le faut. L'initiative de ces jeunes intellectuels a changé beaucoup de choses et a sur­tout aidé à inscrire plus de filles à l'école. Ce mouvement extrêmement fort et ouvert porte beaucoup d'es­poir pour l'avenir.

La Lettre de la Cade 0100 - mai 2007