Société des Missions Africaines une porte ouverte sur l'Afrique

Bénin : Le Père Aupiais, par Daniel Cardot, sma

Auteur : Daniel Cardot, sma

Date de publication : samedi 13 mars 2010

Cet article appartient aux catégories suivantes : Bénin, Culture, Missions Africaines (SMA).

Le Père Aupiais, un missionnaire de la Société des Missions Africaines (SMA), qui, dès les années 1920, s’est décidé à se consacrer à la "réhabilitation de l'homme noir" et de sa culture, en réaction à de nombreux préjugés de l’époque.

Le Père Aupiais (1877.1945)

Francis Aupiais naît en 1877 près de Nantes. Il entre en 1901 au grand séminaire des Missions Africaines à Lyon où il est ordonné prêtre, l'année suivante.

Il arrive au Dahomey en 1903 comme missionnaire. Il enseigne à la mission-école de Porto-Novo où il a pour élève le futur écrivain dahoméen Paul Hazoumé. Avec lui, il créera, en 1925, la revue "la Reconnaissance africaine" où il exprime, contre les préjugés des Occidentaux, l'idée que si la civilisation des peuples du Dahomey est différente de la nôtre, elle est digne du même respect.

" Notre programme, dira-t-il, est de faire connaître les religions fétichistes, les coutumes du pays et tout ce qui se rapporte à l'histoire locale; de prouver que les indigènes possèdent un grand fonds de sentiments et d'idéal élevés." Un de ses confrères qui l'a bien connu peut écrire : " Ah ! comme il les aimait et comme on était loin avec lui de l'idée qu'on s'est faite trop souvent de ces populations comme des malheureux enfants de Cham, chargés d'une sorte de deuxième péché originel. "

S'apercevant que l'élite intellectuelle en venait à dédaigner ce qui portait la marque de son terroir, il invite les maîtres d'écoles à prendre conscience de toutes les richesses contenues dans leur patrimoine national. De retour en France, en 1926, le père Aupiais étudie l'ethnologie et travail toujours à la réhabilitation des peuples africains. La mission photographique et cinématographique qu'il va diriger en 1930, grâce à la générosité de la Fondation Albert Kahn, se situe dans cette ligne. En 1926 il avait transporté en France une trentaine de caisses d'objets du Dahomey, décidé à se consacrer à la " réhabilitation de l'homme noir ". Grâce à ces objets, il peut mettre sur pied une exposition itinérante qui remporte un vif succès à travers la France et la Belgique. Il multiplie les conférences et noue des liens solides dans les milieux scientifiques, notamment avec Lévy-Bruhl.

En 1945, son ami Paul Hazoumé lui demande de se présenter aux élections législatives dahoméennes. Il est élu mais, malade, il rentre en France où il meurt le 14 décembre 1945.

Le musée des Missions Africaines à Lyon (150 cours Gambetta)à présente aujourd'hui encore certains des objets de l'exposition du Père Aupiais. On peut y voir par exemple 5 masques (masques aux serpents et masques aux dangbe) et un siège anthropomorphe cariatide. D'autres objets de l'exposition ont disparu.

Ce " Musée Africain " est l'un des rares en France consacré uniquement à l'Afrique. Présentant l'art et l'artisanat de différentes cultures d'Afrique de l'Ouest, il permet d'apprécier les hommes et les femmes qui vivent dans ces cultures et les recréent constamment. Les pièces exposées ont été remises en valeur par une judicieuse rénovation du musée. Elles invitent le visiteur à se recueillir et à admirer combien, à travers une plastique, des courbes, des couleurs ou des symboles précis, " l'âme " d'une culture peut se révéler d'une façon merveilleuse et originale, tout en exprimant des réalités dans lesquelles les membres d'autres cultures retrouvent une part d'eux-mêmes. Le Père Aupiais s'y trouverait à l'aise.