Société des Missions Africaines une porte ouverte sur l'Afrique

Deux livres sur le Fondateur de la Société des Missions Africaines, Mgr de Brésillac

Auteur : Recension par Pierre Trichet, sma

Date de publication : mardi 22 mai 2007

Cet article appartient aux catégories suivantes : Missions Africaines (SMA), Église.

La Société des Missions Africaines a fêté ses 150 ans en 2006. En vue de cet anniversaire, elle a demandé au P. Bruno Semplicio sma de rédiger une nouvelle biographie du fondateur. Ce Père est un bon connaisseur de la vie et de l’oeuvre de Mgr Brésillac, car il est postulateur de sa cause de canonisation. Bien sûr, cette biographie n’est pas la première qui soit écrite, mais les précédentes (Le Gallen, 1910 ; Ravoux, 1927) sont devenues introuvables et elles sont marquées par leur époque. La biographie rédigée par Gantly (en 1970, en anglais, traduite en français en 1994) est toujours disponible. Il revient à chaque époque de revisiter le passé et d’interroger l’histoire en fonction de la sensibilité et des préoccupations du moment. Sans oublier que d’autres études, sur des sujets voisins, sont publiées de temps à autre et fournissent des éléments intéressants pour mieux cerner la personne de Melchior de Marion Brésillac et le milieu dans lequel il vit.

Mgr Melchior de Marion Brésillac (1813-1859)  Fondateur des Missions Africaines

Melchior de Marion Brésillac naît en 1813 à Castelnaudary, non loin de Carcassonne. Son père, qui travaille comme surintendant-ingénieur du Canal du Midi, va assurer lui-même l’instruction de ses fils Melchior et Jules, car il constate l’état déplorable de l’instruction publique au lendemain des campagnes napoléoniennes, et parce qu’il tient à leur transmettre des valeurs familiales, sociales et religieuses auxquelles il attache beaucoup de prix.

En 1832, Melchior fait ses études de philosophie et de théologie au séminaire de Carcassonne. Il est ordonné prêtre en 1838. Il est affecté comme vicaire à Castelnaudary. Il se sent appelé à devenir missionnaire. Il s’en ouvre à plusieurs reprises à son évêque... qui ne le laissera quitter le diocèse qu’en 1841.

Melchior se présente aux Missions Étrangères, à Paris, en juin 1841. Il s’y familiarise avec l’esprit de la congrégation. Ses supérieurs le nomment en Inde. Il embarque à Nantes en avril 1842 et débarque à Pondichéry en juillet. Ses premiers mois sont consacrés à l’étude de la langue tamil et des usages locaux. En janvier 1843, il est affecté à la mission de Salem. En janvier 1844, il est à nouveau à Pondichéry, où il participe, avec 23 autres prêtres, à un synode pour évaluer les besoins du vicariat de Pondichéry, et prendre des décisions. Il plaide avec conviction en faveur du « clergé indigène » qu’il faut former et mettre en place. Son évêque le prend au mot et lui confie la direction du séminaire-collège, qui était alors peu actif.

A cette époque, la Congrégation « de Propaganda Fide », à Rome (l’autorité de tutelle sur les missions du monde entier), accueille la demande de diviser le très vaste vicariat apostolique de Pondichéry. Melchior est bientôt choisi pour diriger le nouveau « pro-vicariat » de Coimbatore. En octobre 1846, il reçoit l’ordination épiscopale. En visitant les missions de son vicariat, il découvre que ses missionnaires sont inégalement convaincus de la nécessité de préparer un clergé indigène. De plus, ils donnent des réponses parfois opposées concernant certaines coutumes indiennes, selon qu’ils les jugent plus ou moins inspirées par la religion traditionnelle. Lui-même souffre de ne pas trouver de solutions qui s’imposent à tous, et de ne pas être suivi dans certaines de ses décisions. A plusieurs reprises il fait connaître ses doutes à la Congrégation de « Propaganda Fide ». A Rome, on connaît bien ces problèmes, qui ont déjà fait l’objet de plusieurs décisions dans les siècles passés. Mais Mgr de Brésillac doute que Rome soit au courant de ce qui se fait, et écrit qu’il lui est impossible de continuer de diriger le vicariat dans ces conditions. Il présente alors sa démission. Nous sommes en 1852. Les responsables de Paris et de Rome tentent de l’en dissuader. En vain.

En 1853, il obtient la permission de se rendre à Rome, afin d’y exposer la situation et ses raisons de démissionner. Il quitte Coimbatore en novembre 1853 et atteint Rome en avril 1854. A la demande de Mgr Barnabo, qui est secrétaire de la « Propaganda Fide », il rédige des rapports sur les difficultés et problèmes qui se posent en Inde du sud. En août, il quitte Rome et se dirige vers Paris, puis Versailles, où un de ses amis, capucin, lui donne l’hospitalité. Sa démission ne sera acceptée qu’en décembre 1855.

Il a alors 41 ans. Il se sent le désir et la force de reprendre une activité missionnaire, là où le Saint-Siège voudra l’envoyer. Se rendant à Rome, il s’arrête à Marseille, où il rencontre M. Régis, spécialisé dans l’import-export, qui possède une factorerie à Ouidah, au Dahomey. Il n’y a pas encore de missionnaires dans cette zone, et l’armateur s’offre à l’aider à s’y installer. Arrivé à Rome, Mgr de Brésillac rédige un rapport dans lequel il présente les raisons pour lesquelles il demande qu’on lui confie ce territoire de mission. Mgr Barnabo va lui conseiller fortement de fonder une société qui puisse assurer une continuité à son activité missionnaire. Melchior parcourt alors la France, prêchant dans les églises pour rassembler personnel et argent. Mais à Rome, le nom du Dahomey est lié aux sacrifices humains qui s’y pratiquent chaque année. On juge imprudent d’y risquer des missionnaires. De plus, des catholiques vivant à Freetown, en Sierra Leone, ont écrit à Rome pour demander des missionnaires : Rome va y créer un vicariat apostolique et le confier à Mgr de Brésillac. Surmontant sa déception, Mgr de Brésillac choisit d’obéir à cette décision.

Mgr de Brésillac rassemble à Lyon les candidats qui se présentent... parmi lesquels le P. Augustin Planque, prêtre du diocèse de Cambrai, alors âgé de 30 ans. Mgr de Brésillac lui confie la direction de la maison de formation de la nouvelle société. Le 8 décembre 1856, six compagnons entourant Mgr de Brésillac montent à la basilique de Fourvière, où ils expriment leur résolution de se vouer à l’oeuvre des Missions Africaines : tel est l’acte de naissance de la SMA.

Mgr de Brésillac continue de sillonner la France. Il est bientôt en mesure d’envoyer à Freetown une première équipe de deux prêtres et un frère laïc, qui y parvient en janvier 1859. Lui-même, accompagné d’un prêtre et d’un frère laïc, y débarque le 14 mai 1859. Une épidémie de fièvre jaune y fait rage. Entre le 2 juin et le 28 juin, tous les missionnaires (à l’exception d’un Frère qu’on a pu renvoyer en France) meurent de l’épidémie.

A Lyon, le P. Planque reçoit la nouvelle et décide de continuer l’oeuvre lancée par Mgr de Brésillac. Il va diriger la nouvelle société pendant cinquante ans.

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Deux biographies du fondateur sont actuellement disponibles :

- Patrick Gantly, SMA et Ellen Thorp. La voix qui t’appelle. Vie de Monseigneur Melchior de Marion Brésillac.

Édité par la SMA, Rome, 1994, 375 p. (Hors commerce) (Traduit de l’anglais en français par Bernard Favier. Édition originale : For this cause. Édité par la SMA, Società Tipografica Italia, Rome, 1970, 274 p.)

 

- Bruno Semplicio, SMA. De Marion Brésillac (1813-1859). Evêque et Fondateur de la Société des Missions Africaines.

 Édité par la SMA, Rome, 2005, 546 p. (Hors commerce)

 

Ces deux ouvrages ont en commun de beaucoup citer les textes mêmes des Souvenirs et des Lettres de Mgr de Brésillac. Les citations sont nombreuses et assez longues : tous les deux « donnent la parole au Fondateur ». Gantly aime reproduire les détails colorés dont Mgr de Brésillac parsème ses récits de voyage. Semplicio se montre plus sobre sur ce point et reconnaît qu’il a fait un choix « pour rassembler ce qui était plus important et intéressant, pour ne pas aller trop dans les détails, pour satisfaire à la fois les lecteurs qui s’arrêtent volontiers aux événements et ceux qui s’intéressent particulièrement aux idées ». Gantly cite volontiers les recherches du P. Launay, MEP, publiées dans l’Histoire des Missions de l’Inde. Semplicio cite des passages des lettres de confrères MEP à Brésillac, qui se trouvent aux archives des MEP à Paris.

La voix qui t’appelle propose plusieurs cartes (Sud de l’Inde, vicariat apostolique de Coimbatore, Sierra Leone, l’Afrique et les territoires où travaillent des SMA en 1994). Semplicio a tenu à faciliter les recherches en faisant une table des matières très détaillée : elle occupe douze pages ! Dans le texte, les intertitres sont nombreux et leur formulation est très descriptive (ex. : « Un temps de formation à Pondichéry », « Missionnaire à Salem »). Deux pages de repères chronologiques offrent un aperçu synthétique de la vie de Mgr de Brésillac. Des index des noms de personnes et de lieux occupent huit pages (malheureusement, ils ne sont pas exhaustifs). Ces outils de travail rendent très faciles les recherches.

Ces deux livres sont disponibles à Rome (Généralat SMA, Via della Nocetta 111, 00164 Roma, Italie) ou à Paris (Province SMA, 36 rue Miguel-Hidalgo, 75019 Paris, France).