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L’Evangélisation se vit dans l’Espérance





Pourquoi ce thème ?

Il est bon de vivre cette courte assemblée provinciale dans une atmosphère d’espérance et d’optimisme chrétien.

D’abord les 3 piliers sur lesquels se construisent la vie missionnaire et la vie spirituelle sont la Foi, l’espérance et la charité. Cf. les dernières paroles du Fondateur.

Ensuite en général, on constate qu’il y a un déficit d’espérance :

  • Dans le monde actuel, en Europe et aussi dans d’autres Continents.
    Dans l’Eglise parfois et dans certaines communautés chrétiennes. (Scandale dans l’Eglise.)
    Peut-être en nous-mêmes.

1 * Quelle sont les sources de l’Espérance chrétienne qui nous aide à vivre pleinement notre vocation de missionnaire ?

  • C’est dans l’Ecriture que Dieu fait naître l’Espérance dans le cœur de nos aînés dans la foi depuis Abraham jusqu’à Jean le baptiste.
  • C’est dans la vie même du Christ, dans ses paroles et actes mais surtout dans sa mort et résurrection que l’Espérance est une réalité vivante.
  • C’est aussi dans la présence indéfectible de l’Esprit Saint que les chrétiens deviennent semeurs d’Espérance.

2 * Sources d’espérance : dans l’Histoire de l’Eglise l’espérance ne s’est jamais éteinte : depuis la Pentecôte l’Eglise n’a jamais manqué de prophètes et de saints. Enseignements, Conciles, Synode, Encycliques et autres exhortations des Papes.
Voilà plus de vingt siècles que des semeurs d’Espérance nous tracent le chemin de la véritable évangélisation : Mère Térésa, Vanier… Grégoire à Bouaké…Père Pedro.

3 * Sources d’espérance : dans l’Histoire de notre Fondateur et de la Société.
Dans les écrits du Fondateur.
Dans la fondation des districts.
Dans les exemples que nous avons sous les yeux : Niger, RCA, Congo…etc.

En conclusion : Constance dans l’Espérance suivant l’exemple de Mgr Marion de Brésillac.

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Constat autour de nous :

Malaise français…morosité ambiante …malaise européen : l’Europe rêvée n’est pas celle qui se construit…une espèce de spirale négative dans un certain nombre de pays européens….
Corruption bien souvent généralisée dans tous les continents…
Inutile de dresser un tableau pessimiste des situations dans lesquelles les uns et les autres vivent leur vocation missionnaire. Il y a déjà trop de prophètes de malheurs.
Quand il n’y a plus d’espérance on est dans la résignation !

Méditer sur l’espérance et partager nos espérances ce n’est pas rajeunir la méthode Coué car L’ESPERANCE chrétienne est une force créatrice, une force de renouvellement. Elle prend corps dans une dimension communautaire et missionnaire.
Elle n’est pas une vertu que l’on range dans un coin de sacristie au rayon des accessoires. Elle n’est pas non plus une espèce d’optimisme béat qui refuse de voir les difficultés. Elle est une vertu chrétienne plus nécessaire que jamais, vitale.
Il y a 60 ans, le Père Ambroise Marie Carré écrivait :
 » Vivant dans un monde malheureux, nous devons être à ses yeux les professionnels de l’Espérance « .

L’Espérance n’est-ce pas Dieu qui nous oriente vers l’Avenir ?
L’Espérance n’est-ce pas l’homme qui accepte de construire son avenir avec l’aide de Dieu Père Source de vie, avec le Christ qui, par sa parole et par le signes qu’il nous a laissés (Eucharistie), nous oriente vers le Royaume de Dieu, avec l’Esprit qui guide nos efforts et fait toute chose nouvelle.

Dans le dynamisme de l’Espérance !
Etre témoin d’espérance dans le monde d’aujourd’hui !

Dans un monde en mutation, en évolution, dans une Eglise toujours en développement : nous sommes appelés de par le don de notre baptême à être témoins d’Espérance !

 » L’espérance ne va pas de soi !  » Charles Péguy

Nos diverses expériences civiles et ecclésiales nous apprennent que l’espérance ne va pas de soi.

Actuellement notre société occidentale n’a pas de projet réaliste entraînant l’adhésion du plus grand nombre. De plus, elle ne sait plus grand-chose du Dieu chrétien. La construction de l’Europe pose nombre de problèmes. On ne peut pas devenir amoureux d’une courbe de croissance ! Aussi l’espérance semble être une naïveté. Elle relève de l’utopie.

Effectivement, pour beaucoup de nos contemporains, l’espérance ne va de soi !

Nous avons peut-être en mémoire ce que Charles Péguy écrivait en 1911, trois ans avant la première guerre mondiale. A cette époque, comme aujourd’hui pour nos contemporains, l’espérance pouvait relever de l’utopie, de la naïveté.

 » La foi que j’aime le mieux dit Dieu c’est l’espérance.
La foi ça ne m’étonne pas !
La charité dit Dieu ça ne m’étonne pas !
Mais, l’espérance, dit Dieu, voilà ce qui m’étonne, moi-même !
Que ces pauvres enfants voient comme tout ça se passe et qu’ils croient que demain cela ira mieux !  » [Porche du mystère de la 2° vertu]

Péguy appelait déjà ses contemporains à vivre dans la vigilance c’est-à-dire à être attentifs à la Présence et à l’action de Dieu dans la société civile et ecclésiale.
Si nous ne restons pas vigilants aux appels de l’Esprit Saint, nous risquons de sombrer dans le pessimisme et le découragement, car difficultés et échecs ne nous manquent pas.
Au début de toute assemblée provinciale, il est toujours bon de nous rappeler que nous sommes appelés par le Père, libérés c’est-à-dire sauvés par l’amour du Christ, et transformés par l’Esprit Saint.

Peut-on se laisser transformer quotidiennement par la communion au Père, par la vie dans le Christ et par l’écoute des appels de l’Esprit sans entrer par le fait même dans le dynamisme de l’espérance ?

Quelles sont les raisons du déficit d’espérance et du désenchantement général ? En voici quelques-unes :

¬ Changement de monde :

En négatif :

– Nous sommes en période de profonde mutation, mutation accélérée et aucun pays
n’a de modèle. Ere de l’internet, du numérique, des robots …etc.
– Nous vivons dans un monde de plus en plus complexe : c’est l’irréversible mondialisation avec les effondrements économiques en Afrique, la surexploitation de la main d’œuvre asiatique, la destruction des ressources naturelles, et la pollution généralisée, négation des droits de la personne.

En positif :

– C’est l’abolition des distances et informations tout azimut grâce à Internet, indéniables progrès scientifiques et prouesses techniques.

– C’est la globalisation des problèmes, pauvreté croissante et richesses scandaleuses de quelques-uns et de quelques pays, barbaries, intégrismes, « chocs de civilisations » disent certains…etc. Aucun pays ne s’en sortira seul.

L’encyclique  » Loué sois-tu  » du pape François nous donne bien des exemples de notre monde d’inégalité et de la nécessité de changer le cœur de l’homme.

¬ Changement de société :

D’importantes crises affectent nos concitoyens en recherche de repères : crise d’identité, crise de l’autorité, crise de la filiation.

Défi pour notre société française : Comment évoluer vers une république laïque respectueuse des croyances qui doit s’accommoder des différences sans céder aux communautarismes ?

¬ Changements actuels dont nous sommes témoins et acteurs :

D’un monde bipolaire nous sommes très vite passés à un monde multipolaire avec la
Prépondérance d’un système économique ultra libéral et son implacable logique financière.
La société de consommation n’est-elle pas devenue une fin en soi ? Règne du toujours plus !

Les relations qui structuraient l’homme changent : rapport au temps entre différentes Générations. De nos jours, le tout, tout de suite pour les nouvelles générations. Ce sont les enfants qui apprennent parfois aux grands parents à se servir de leur smartphone !

Le rapport à l’histoire change : qui croit encore en un monde meilleur ? Nous sommes
dans un univers pluraliste, pluri culturel, pluri religieux. Certaines mutations que nous vivons rendent l’espérance plus difficile.

¬ Changements culturels et religieux.

Depuis longtemps nous sommes passé d’une société traditionnelle et religieuse à la modernité. Jadis Dieu était au centre de la société, aujourd’hui c’est l’homme qui se place au centre de la société.

Actuellement en Europe nous vivons avec des représentations du monde, des conceptions de Dieu venant d’époques différentes. Difficultés de cohabitation entre les religions, entre chrétiens et musulmans. Les compréhensions du monde sont différentes.

La nostalgie parfois de ce qui était hier. La question aujourd’hui n’est pas de revenir au passé, chose impossible, mais comment construire un avenir ensemble ?

Au cœur de ces profondes mutations comment vivre dans l’espérance et accepter les différences qui permettent de construire la fraternité. Comment exprimer nos convictions de foi ? Africains et Européens, comment être chrétien dans ce début de 21° siècle dans une Europe sécularisée et déchristianisée ?

¬ D’importants défis se posent aux chrétiens :

Les plus grands défis sont ceux des pauvretés et des injustices. Défi de la paix et de la violence. Défi de l’annonce de l’Evangile dans un langage compréhensible par nos contemporains. Et la question du mal : tortures, génocides, droits de l’homme bafoués.

Plus particulièrement chez nous, en Europe, le défi de la convivialité : comment vivre ensemble ayant des références et des traditions différentes. Cf. Charlie Hebdo !

La question du pardon y est liée : comment se réconcilier entre habitants d’un même pays alors que les situations sont bloquées et que l’on se trouve dans des cycles de vengeance ou de haine ?

S’ajoute ici le défi d’une vraie réciprocité au niveau des personnes comme au niveau des peuples : est-ce que je rencontre l’autre dans sa différence irréductible ?

Pour les familles chrétiennes, le défi de la perte de mémoire de l’héritage chrétien, la peur d’affronter l’avenir, la vision d’un monde qui serait sans Dieu et sans le Christ.

A ces défis, les chrétiens n’ont pas de réponses immédiates :

Nous avons simplement un trésor celui de l’Ecriture et tout spécialement de l’Evangile du Christ. Il faut y puiser du neuf et de l’ancien pour trouver, avec les autres croyants et les hommes et femmes de bonne volonté réponse aux questions et aux inquiétudes de nos contemporains.

Notre manière de vivre et d’être dans l’aujourd’hui de Dieu ne peut pas seulement être continuité. Elle nécessite des ruptures qui libèrent la créativité dans la fidélité aux origines, dans la fidélité à notre vocation personnelle, dans notre présence engagée au service des autres et de l’Eglise pour être Parole d’Espérance !

Différence entre espoir et espérance : L’espérance est différente de l’espoir.

De tout temps les hommes ont eu des espoirs. Impossible de vivre et de survivre sans avoir dans le cœur des espoirs en un autre avenir, des projets pour vivre une marche en avant, pour faire le pas vers demain. Espoir des personnes comme espoir des peuples

L’espoir a un objet. Il vise un futur escompté.

Il est attitude qui appartient à la condition humaine. Il est attente impatiente ou angoissée de quelque chose qui n’existe pas encore : permis, bac…etc.

L’espérance se vit au présent. Elle est une qualité d’attention à ce qui se donne à nous.

Elle se vit au présent. Elle nous libère de la peur de rater quelque chose. Elle se définit par son mouvement et non par son contenu.

Elle ne nous offre pas telle ou telle représentation d’un objet précis à espérer mais elle ouvre le réel à ce que l’on ne perçoit pas encore.

Elle est orientée vers le Salut, le bonheur promis par Dieu.

L’espérance ne donne pas de solutions mais elle ouvre des passages.

Redécouvrons l’espérance chrétienne comme une force subversive dans les impasses de nos vies personnelles et collectives.
Chrétiens nous sommes héritiers d’une espérance : Où donc est la Source de notre Espérance chrétienne ?
¬ L’espérance ne se situe pas au bout d’une argumentation, d’un raisonnement. La
Source de l’espérance n’est pas dans un calcul de probabilités, un calcul de chance. Elle n’établit pas une colonne pour et une colonne contre.

¬ L’espérance est d’abord don de Dieu à demander.

Comme pour la Foi elle touche toutes les dimensions de notre vie : intelligence, volonté, mémoire, liberté, sensibilité…jusqu’à ce centre mystérieux de l’être où l’on est seul avec Dieu.

¬ Pour nous chrétiens, la Source de notre espérance se trouve dans la Révélation de
Dieu, dans l’Ecriture, et principalement dans le Christ, Espérance vivante du Père parmi nous.

Déjà nos ancêtres dans la foi (Prophètes, Psalmistes, Job) ont fait l’expérience de l’espérance que Dieu mettait dans le cœur de ceux et de celles qui mettaient leur confiance en Lui.

De même que nos aînés dans la foi (apôtres, saints) ont découvert l’espérance en vivant avec le Christ.

Il faut donc puiser dans l’Ecriture les fondements de notre foi et de notre espérance chrétienne.

¤ Au tout début de l’Histoire de l’Esperance chrétienne, la naissance de l’espérance prend sa source dans une Parole que Dieu adresse à Abraham, dans un Appel qui le met en route.

¬ : Abraham Gen 12, 1 à 9 + Rom 4, 18-21

Abraham a connu l’épreuve du vieillissement et de la stérilité de sa femme. Il a connu l’épreuve de l’expérience de la vie, de l’affrontement au réel et de la finitude. Mourir sans descendance est l’épreuve de sa vie.

Certes l’épreuve par elle-même ne produit pas l’espérance. Mais les grandes espérances sont celles des hommes fortement éprouvés. Cf. Nelson Mandela.

L’espérance est née le jour où notre aîné dans la Foi, Abraham, a entendu un appel : appel à se mettre en route, appel à quitter ses repères (pays, terre, famille) pour un chemin vers l’inconnu et l’impensable, appel à l’espérance : promesse d’une terre, et d’une nombreuse descendance :

« Je ferai de toi une grande nation. Tu seras bénédiction !  » Gn 12, 1-4

Abraham entend un appel et découvre un sens à sa vie alors qu’il est déjà âgé et sans descendance. La promesse d’une terre et d’une descendance est DON de Dieu.

Son espérance est mise à l’épreuve mais elle est aussi expérience inoubliable ; Dieu demeure à travers l’épreuve fidèle à sa promesse.

Abraham est à l’origine d’un peuple à nul autre pareil qui n’a jamais cessé de mettre sa confiance en Dieu tout au long des exodes, des persécutions, des déportations et des exils.

¬ Autres textes de l’A.T : les prophètes en particulier Ezéchiel avec la vision des ossements desséchés. 37, 11

Le peuple est en exil. Temps d’épreuve pour la foi d’Israël.

¬ Jérémie : 29, 11-14 :  » Je vais vous donner un avenir et une espérance. » et Jérémie 14, 8

Petit à petit, l’espérance n’est plus centrée sur la terre, le temple, le roi mais sur Dieu lui-même. Dieu lui-même est au cœur de l’Espérance d’Israël.

¬ Espérance à travers un chemin de foi personnel : Job, Psalmistes en particulier 42,3-4-6 :  » Mon âme a soif ……etc.

De l’héritage biblique du peuple d’Israël, nous recevons l’espérance qui découle de la confiance en Dieu qui n’abandonne jamais les siens même le juste persécuté et martyrisé.
Espérance portée par un peuple et inscrit dans l’acte personnel de foi du croyant qui se tourne vers Dieu.

Même lorsque la justice et la paix sont absentes autour de lui, le croyant puise dans la confiance en Dieu la certitude que cette situation n’est pas la réalité définitive.

¬ N.T : Le Christ ouvre un nouvel avenir à toute espérance. Lui-même  » est notre espérance  » (1 Tim 1)

¬ Jésus donne un contenu à l’espérance.

Entre l’Ancien testament et la Nouveau Testament, il y a la nouveauté de Dieu en Jésus Christ. Jésus vient apporter Bonheur et Salut non seulement à un peuple, le Peuple de l’ancienne Alliance mais à tous les Peuples.

Dès le début de son ministère, Jésus expose le sens de sa mission. Luc nous rapporte que cette annonce se réalise dans la synagogue, lieu de rencontre des croyants.

¬ Luc 4, 16-30 : Première homélie de Jésus à Nazareth

Par le texte d’Isaïe qu’il proclame, Jésus donne un contenu à l’espérance qu’il offre à toute personne qu’il rencontre.

 » Il se rendit aussi à Nazareth où il avait été élevé et, comme il en avait l’habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat. Il se leva pour faire la lecture biblique, et on lui présenta le rouleau du prophète Esaïe. En déroulant le parchemin, il trouva le passage où il est écrit : « L’Esprit du Seigneur repose sur moi. Il m’a choisi et consacré par son onction pour apporter la Bonne Nouvelle aux malheureux. Il m’a envoyé pour annoncer aux captifs qu’ils peuvent être libérés, et aux aveugles qu’ils verront de nouveau ; pour apporter la délivrance à ceux qui sont écrasés sous le poids de leurs fardeaux et proclamer l’année où le Seigneur accueille les hommes et leur témoigne sa faveur. »

Il roula le livre, le rendit au servant et s’assit. Dans la synagogue, tous les yeux étaient braqués sur lui. Aujourd’hui même, commença–t–il, pour vous qui en avez entendu la lecture, cette prophétie de l’Ecriture est devenue réalité.  » Luc 4,16

¬ Pour Jésus, espérer en l’homme c’est parier sur son avenir.

Celui qui est malheureux ou découragé, désorienté, ployant sous le poids de l’épreuve ou du non-sens de sa vie, peut mettre son espérance en la libération apportée par le Christ.

Envoyé de Dieu, Jésus, Christ et Seigneur, allume dans le cœur de ses disciples, des chrétiens de toutes les époques, une espérance qu’aucun événement, si douloureux et si angoissant soit-il, ne pourra plus jamais éteindre.
Le Christ, hier et aujourd’hui, va à la rencontre de l’homme, de chacun de nous partout où il se trouve et agit, et donne un nouveau sens à son existence. Cf.  » Jésus n’a pas dit ». Cl Decourtray.
Il donne un sens nouveau à l’avenir d’un peuple. Cf. Voyages du pape François : Lampedusa, en Amérique Latine.

¬ Luc 7, 22 :  » Allez dire à Jean ce que vous avez vu et entendu … »

 » Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marche …la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. »

C’est aussi au présent que Jésus annonce à la samaritaine la révélation de Dieu :

 » L’heure vient et c’est maintenant que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité.  » Jean 4, 23

Notons que les béatitudes sont toutes au présent : elles annoncent la réalisation des promesses proclamées par les prophètes.

¬ Disciples d’Emmaüs Luc 24, 13 – 35

Dans le récit des disciples d’Emmaüs, Luc nous donne les traits essentiels de la condition chrétienne.

– Nous sommes des pèlerins. Avec nos contemporains nous parcourons tous les mêmes
routes humaines. Nous sommes affrontés aux mêmes difficultés. Cf. Epître à Diognète.

– Nous partageons la condition de tous : mêmes mutations et partage des joies et
tristesses de nos contemporains. Chrétiens, nous n’appartenons pas à une autre histoire.

– Dans cette histoire commune, chrétiens nous sommes rejoints par l’Inconnu, l’étranger qui voyage à nos côtés, par le Christ, alors que le jour baisse.
*
– Pour toute communauté missionnaire, il est très important de vivre toutes les étapes : celle de la totalité de la route qui va de Jérusalem à Jéricho, celle de la relecture des Ecritures, celle de l’auberge avec le pain partagé et la reconnaissance du Ressuscité, celle du partage avec les frères et donc du témoignage.

Les disciples trouvent un élan nouveau, une nouvelle cohérence entre les Ecritures et le destin de Jésus. Marie de Magdala, les disciples d’Emmaüs nous enseignent que l’Espérance vient remettre en route ce qui était bloqué, arrêté. Elle ouvre des passages. Elle libère nos énergies.

¬ Actes 26, 16-18

¬ La Résurrection du Christ ouvre l’avenir.

L’espérance est en fait ouverture de l’avenir. Elle ouvre le présent à sa dimension d’avenir …là où l’on croit que la pierre du tombeau bouche l’horizon.

Cf. Récit du tombeau vide …mais ouvert en St Jean. Jean 20,1 à 10 : un nouveau possible pour Marie de Magdala.

Chacune de nous peut éprouver à un moment ou l’autre de sa vie une ouverture en lien avec la résurrection du Christ.

¬ C’est dans la Révélation (AT et NT) du monde de Dieu, un autre monde, que se fonde l’espérance.

¬ C’est dans la mort, la résurrection et le don de l’Esprit saint que se trouve désormais la source de l’espérance de tout chrétien.

¬ L’espérance chrétienne s’enracine dans la mémoire du Christ et son actualisation.

Depuis la Pentecôte, l’Esprit du Christ invite les croyants à faire jaillir l’espérance dans le cœur et la vie des hommes.

L’histoire de l’Eglise depuis la première Pentecôte chrétienne n’est-elle pas l’histoire d’une espérance qui ne cesse de renaître, de jaillir et de s’approfondir dans le cœur des chrétiens ?

¬ Qu’est-il donc arrivé à ce petit groupe d’hommes et de femmes réunis le jour de la Pentecôte ?

Ce jour-là, pour nos frères Juifs, c’est la fête du renouvellement de l’Alliance.

Pour les chrétiens, la Pentecôte : l’Alliance entre Dieu et les hommes se continue désormais dans une Alliance renouvelée par la mort et résurrection du Christ et le don de l’Esprit pour tous les peuples, quels que soient leur Culture, leurs Coutumes, leur Sagesse et leurs chemins de recherche et d’adoration de Dieu.

Désormais les apôtres, les disciples, les croyants sont baptisés dans l’Esprit. En chacun d’eux coule désormais la source de l’eau vive promise à la samaritaine.

Certes, ce n’est pas le rêve d’un monde merveilleux où il n’y aurait plus à aller puiser de l’eau au plus fort du soleil, où les oppositions seraient effacées (Juifs et Samaritains).

Mais c’est l’irruption de l’Esprit présent et agissant en chacun.

C’est désormais dans le cœur de chacun que coule l’Unique Source d’eau vive, l’unique source d’espérance chrétienne : Jésus Christ. Malheureusement cette source est vite obstruée par les cailloux du découragement, les cailloux des épreuves trop lourdes à porter seul, les cailloux de la sclérose spirituelle et du repliement sur ses propres inquiétudes !

¬ Une conviction : l’Esprit agit dans tous les peuples, toutes les cultures, dans les Eglises et en chacun de nous, dans nos familles, enfants.

La Présence de l’Esprit est donnée gratuitement tout au long de l’Histoire :

¬ souffle donné au premier homme pour qu’il vive,
¬ présence de l’Esprit dans la Promesse faite à Abraham (une terre et une postérité),
¬ présence de l’Esprit dans la promesse faite aux prophètes,
¬ présence de l’Esprit à l’Incarnation, à la Résurrection, à la Pentecôte,
¬ action de l’Esprit à notre époque.

Le don de l’espérance est la première grâce de Dieu, sans laquelle il n’y a pas d’autre grâce, parce que Dieu est d’abord pour l’homme le Dieu de la Promesse, le Dieu du Salut dans l’esclavage de l’Egypte, dans l’exil à Babylone ou dans la pauvreté du désert.
Jésus est réalisation de la Promesse :  » Emmanuel : Dieu avec nous !  »

La vie dans l’Esprit, c’est espérer contre toute espérance c’est-à-dire contre toute fausse espérance et toute tentation de désespoir.
Notre espérance ne tient pas à ce que nous soyons faibles ou forts, du côté de ceux qui commandent ou du côté de ceux qui obéissent, dans la défaite ou la réussite, dans l’épreuve ou dans la joie. Notre unique espérance est le Christ.

Quelles que soient les situations dans lesquelles se trouvent les chrétiens, le Dieu de l’espérance est là discrètement mais « de dos » !

¬ L’Evangile : sur la route de l’Espérance chrétienne, L’Evangile est un guide sûr et crédible.

L’Evangile nous pousse à agir et à témoigner car nous avons en nos cœurs un puissant ferment de bonheur et de progrès, de confiance et de responsabilité.

¬ Le christianisme n’appartient pas au passé.

Il reste actuellement une extraordinaire source de liberté, de confiance et d’Amour.

Souvent on pense qu’il faut changer la structure politique, économique, sociale, ecclésiale pour que les choses aillent mieux ! Ce n’est vrai qu’en partie car tant que le cœur de l’homme ne change pas, les meilleures structures du monde n’auront que peu de résultats ! Cf. Gandhi, Luther King, Romero, pape François.

L’annonce de l’Evangile à notre époque, notre tâche commune, quelle que soit la situation dans laquelle nous sommes, repose sur un trépied :

* la foi qui nous permet de fonder son témoignage sur la Parole de Dieu, sur l’aptitude au discernement et sur le partage de ce que l’Esprit accomplit dans le cœur de ceux et celles vers lesquels on est envoyé,

* la charité qui donne un a priori favorable alors que notre message n’est peut-être pas entendu ou compris,

* l’espérance, d’abord promesse puis don de Dieu, sans lesquels quel rien ne s’édifie dans la durée.

¬ St Paul nous invite à l’espérance : Romains 8, 18-23

Les signes d’espérance dont nous sommes témoins ces dernières années :

– Jean 23 et le Concile, Paul VI et ses nombreux voyages…contrairement à la coutume, son Encyclique sur l’Evangélisation :  » Evangèlii Nuntiandi « , son intervention à l’Onu le 4 octobre 1965.
– Les gestes prophétiques de Jean Paul II : synagogue de Rome, Assisse, Casablanca,
Pardon à celui qui l’a agressé, repentance, JMJ.
La vie de Jean Paul II a été jalonnée de gestes d’espérance.

– Les textes de Benoît XVI ont ravivé les raisons que nous avons de nous appuyer sur
la Foi et la Raison.

– François et son attitude évangélique : style de vie personnelle, réforme de l’Eglise
(Cf. périphéries) encyclique Laudato Si…etc.

Dieu lui-même est au cœur de l’espérance d’Israël et au cœur de l’espérance des chrétiens ! Celle-ci découle de la confiance en Dieu qui n’abandonne jamais les siens.
¬ L’espérance chrétienne n’est pas une question d’optimisme. Elle s’appuie sur une vision chrétienne de l’histoire.

Pour le christianisme, l’histoire n’est pas cyclique « rien de nouveau sous le soleil » mais elle a une direction : que les peuples vivent dans la fraternité et la justice, dans le partage des richesses et le respect de toutes les Cultures.

L’espérance chrétienne est en relation avec une promesse.

La promesse de Dieu est de l’ordre du futur.

Mais elle commence à s’accomplir dès maintenant. La promesse que Dieu fait à l’homme d’être appelé à la vie, au bonheur n’est pas pour demain.
Elle est pour aujourd’hui. L’Evangile rend heureux aujourd’hui !

Cf. St Marc :  » Le temps est accompli. Le règne de Dieu s’est approché. » (Marc 1, 14)
La Samaritaine :  » L’heure vient et c’est maintenant !  » Jn 4

L’espérance est une promesse qui est faite et qui s’accomplit. Elle est à mettre en relation avec le mot confiance.
L’Espérance est mise à mal aujourd’hui. Sur quel terrain jaillit l’espérance ?

¬ L’espérance pousse sur le terreau de l’in évidence.

Elle prend des allures de défi. Pour le croyant qui se sait aimer par Dieu, il est certes décourageant et affligeant de constater que tant de malheurs subsistent dans notre monde.

St Paul répond que la création n’est pas achevée. La force de Dieu ne transformera intégralement la création qu’à la fin des temps. D’ici là, c’est le temps de l’espérance.

 » Nous avons été sauvés mais en espérance seulement. Si l’on voit ce que l’on espère, ce n’est plus de l’espérance : qui donc espérerait encore ce qu’il voit ? Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec patience Romains 8, 24-25

L’espérance qui pousse sur le terreau de l’in évidence, prend souvent des allures de défi. A propos d’Abraham, St Paul ne dit-il pas :

 » Abraham a cru et espéré, alors que tout espoir semblait vain, et il devint ainsi l’ancêtre d’une foule de nations. » Romains 4,18

¬ Le chrétien est en marche vers un but dans la confiance en Dieu qui lui-même a confiance en l’homme

Cette idée nous la tenons des juifs, des premiers prophètes. Notre Dieu est un Dieu de l’avant. « Souviens-toi du futur !  » Souviens-toi que tu es en marche » dit le Talmud

Avec les juifs, nous pouvons à bon droit nous compter parmi les dépositaires du « principe d’espérance » qui nous invite à refuser la fatalité et la crainte.

¬ Le message biblique n’est pas un dépôt sacré, mais une fontaine de village.
L’espérance chrétienne n’est pas une espérance malgré la mort ou malgré la souffrance. Certes nous ne nions pas pour autant que le poids de la souffrance humaine soit lourd, oppressant, écrasant. Les chrétiens n’ont pas réponse à tout.

Mais si nous sommes témoins de l’espérance y compris dans les souffrances injustifiées, c’est parce que Jésus de Nazareth est passé par là. Nous pouvons lui faire confiance : au sein même de l’épreuve, Dieu a ressuscité Celui qui est passé par la souffrance et la mort.

L’événement de la Croix et de la Résurrection, événement particulier de notre histoire, révèle l’engagement décisif et définitif de Dieu. Cet événement ouvre un avenir à tout être humain. Il ouvre à l’universel.

La mort n’est pas le dernier mot de la vie de chaque personne. Le mal et le désespoir ne sont pas les derniers mots de la vie de notre humanité ! Dieu s’est engagé vis-à-vis de l’humanité : le mystère pascal est une clef de compréhension de notre monde.

La question pour chacun n’est pas d’être optimiste ou pessimiste mais de retrouver le fondement de notre espérance.

¬ La source de notre espérance se trouve dans l’accomplissement de l’Ecriture au-delà de toutes les générations.

Lors de son entretien avec la samaritaine, il dit à ses disciples (Jean 4, 35) :
 » Levez les yeux et regardez, déjà les champs sont blancs pour la moisson. »

¬ C’est dans le cœur habité par l’Esprit que naît l’espérance pour tout homme.

C’est dans la communauté chrétienne, dans l’Eglise animée par l’Esprit que naît l’espérance pour le monde, pour nos lieux de vie que sont chacune de nos communautés, notre quartier, la communauté chrétienne locale et pour chacun de nous.

¬ Entretenir l’espérance dans l’Eglise, dans nos Communautés.

Le voyage de l’espérance n’est jamais terminé. Il nous conduit dans la demeure de Dieu, le cœur de Dieu, par des chemins que Dieu seul connaît.

L’accueil de la vertu d’espérance est une nécessité pour notre Eglise si nous ne voulons pas manquer d’audace dans la Foi et de créativité dans la solidarité avec les démunis.

L’espérance est promesse de Dieu (Abraham) et don de Dieu par le Christ. Cf. + haut.
Elle transforme notre regard sur les autres, les événements et sur mon propre devenir.

 » Et voici, dit le Seigneur, que je fais toute chose nouvelle  »
Isaïe 43, 18-20 ou Apocalypse 21, 1-7

L’Ecriture, la Tradition chrétienne, l’Evangile médité, annoncé, et vécu, le partage communautaire dans notre Assemblée provinciale, et également le regard positif sur nos communautés chrétiennes peuvent devenir sources d’espérance.

Nos textes fondateurs ne sont pas des dogmes mais des récits, des témoignages.

En ce début du 21° siècle, être témoins d’Espérance est-ce possible ?

Etre témoins d’Espérance c’est une certaine manière de vivre et d’annoncer l’Evangile dans l’aujourd’hui de Dieu, une manière d’aller à contre-courant. Cf. Laudato Si

Ne sommes-nous pas pèlerins comme les disciples d’Emmaüs. ? Comme eux, nous sommes réconfortés par la rencontre, la présence et l’action du Christ dans nos vies. Nous reprenons la route du quotidien avec un visage pacifié et un cœur unifié.

 » Il me semble que l’une des premières tâches du chrétien et donc du christianisme est d’aider l’homme à espérer, à croire en lui-même.
Avant de nous donner des préceptes, des consignes, des références, le christianisme nous dit d’abord -parce que c’est une religion d’Alliance- Tu es aimé de Dieu, tu as une importance majeure à ses yeux ; tu dois pouvoir tenir debout sur tes pieds. » Paul Valadier.

Face à ce monde de plus en plus complexe face aux défis à relever, quelles sont les attitudes spirituelles qu’il nous faut développer en nous ?

L’acte d’espérer au niveau de chaque Communauté et au niveau personnel relève d’une attitude spirituelle qui met en œuvre : Il prend position par rapport à l’avenir.

Notre foi chrétienne (Cf. Ecriture et Tradition) nous dit qu’un avenir est possible pour une personne, un groupe, un peuple.

Il faut choisir d’espérer : l’espérance est de l’ordre du choix, de la décision. Refus du pessimisme et du parti pris  » Il n’y a rien à faire ! »

La foi est de l’ordre du don reçu. L’espérance est aussi de l’ordre du don mais également de l’ordre de la volonté.  » Je décide d’espérer parce que c’est le meilleur pour la vie. » Guy Coq

Espérer relève aussi d’une attitude spirituelle qui prend sa source dans l’Ecoute, le changement du regard, le dialogue et l’échange dans le respect mutuel des différences.

¬ 1 * L’Ecoute : une écoute attentive et positive ! Ecoute et analyse des
Événements. Ecoute sans à priori des personnes et des appels perçus dans les signes de temps. Cf. : les paroisses et le Web, évêque et réseaux sociaux….etc.

Cette écoute exige de prendre du temps pour notre propre ressourcement : nécessité d’être soi avec soi, dans une certaine solitude qui favorise la communion avec les autres.

En novembre 2000, le Cardinal Billé disait aux évêques réunis à Lourdes :

 » Proposer la foi ou proposer l’Evangile est une attitude nouvelle peut-être moins discrète qu’auparavant. Nous savons bien qu’il n’existe pas d’évangélisation sans dialogue.
Nous ne pouvons pas apporter les réponses avant d’avoir écouté les questions.

Nous ne pouvons pas écouter seulement les questions pour lesquelles nous avons des réponses.

Le dialogue à vivre est au-delà du rapport entre les questions et les réponses.
Il tient à ce qu’un même esprit est à l’œuvre chez l’évangélisateur et chez l’évangélisé. Le premier qui sait ce qu’il propose accepte aussi d’être converti par celui qui a bien voulu l’écouter. »

Ecouter ce n’est pas simplement être gentil ! C’est avoir confiance au même Esprit qui est présent chez celui qui parle comme il est présent chez celui qui écoute.

Sommes des hommes et des femmes d’écoute ? Ecoute non superficielle mais écoute avec les oreilles du cœur.

¬ L’espérance se vit à plusieurs. Avec qui je partage mes espérances ?

¬ 2 * Le regard : un regard bienveillant ! un regard d’amour comme celui de Jésus !
*
Nous sommes appelées à porter sur nos contemporains le regard que le Christ portait sur les foules. Il est si facile de voir uniquement ce qui ne va pas.

Il est plus difficile de regarder ce qui est beau, vrai, juste pour y trouver des appels de l’Esprit qui fait toutes choses nouvelles.  » Jamais je n’ai rencontré pareille foi en Israël !  » Luc 7, 1-10

Le regard du Christ sur les personnes rencontrées était bienveillance et exigence, bonté et tendresse, appel à une plus grande humanisation…

Avons-nous assez contemplé ce regard pour nous en inspirer ?

Le regard positif du Christ vis-à-vis de toute personne rencontrée révèle à l’autre des possibilités infinies de progrès, de marche en avant. Cf. « Le Christ n’a pas dit « .

La relation filiale du Christ avec son Père l’aide à comprendre les événements et les personnes avec un a priori favorable.

L’espérance qu’il porte en lui invite son interlocuteur à prendre sa vie en main :
 » Porte ton grabat et retourne chez toi !  » Luc 5, 17-26

Certes il ne n’agit pas de porter des lunettes noires ou des lunettes roses mais de porter un regard d’amour qui est loin d’être un regard naïf.
Un regard d’amour qui voit ce qui naît et qui est porteur d’espérance.

La contemplation amoureuse du Christ élargit notre horizon : elle nous fait pressentir ce qui est en train de naître avec un regard qui se renouvelle.

Se laisser transformer par l’espérance chrétienne commence par chercher la présence et l’action de la Parole et de l’Esprit dans le cœur de ceux que je rencontre : Jean Vanier

¬ 3 * Le dialogue et l’échange dans le respect mutuel des différences !

L’écoute, le regard, le dialogue et l’échange

Dialogue entre le chrétien que je suis et celui qui est d’un autre univers, entre celui que je suis et celui qui cherche Dieu par un autre chemin que le mien, celui qui a une autre culture, mentalité… etc.

Au niveau religieux, le dialogue n’est aucunement une attitude des faibles, mais un choix d’espérance exigeant. Quel dialogue ?

– Le dialogue des Cultures, au sein de la société laïque, est une urgence. Les chrétiens sont déjà présents avec des hommes de bonne volonté dans tous les espaces de société où se pratique l’accueil de l’étranger, le secours aux plus démunis et aux exclus.

– C’est la première manière d’apprécier chez l’autre le sens de Dieu qui pousse à agir.

– Le dialogue, plus restreint, des spiritualités, est aussi un motif d’espérance et une obligation de la foi. Il nécessite des interlocuteurs sincères, informés et lucides qui acceptent l’autocritique.

– Considérer l’autre comme source de progrès pour soi-même est une attitude de respect, un préalable à la rencontre. Dans le contexte des violences religieuses actuelles la rencontre de l’autre est une priorité.

Echange entre le donner et le recevoir. Donner son témoignage et accueillir ce que l’autre vit, croit, espère.

Ainsi l’échange et donc la naissance de l’espérance en chacun de nos cœurs passe par le connaître, se connaître, se reconnaître.

Se reconnaître c’est tenir compte dans ma parole et dans mon comportement des différences.

Ne pas se situer sur le plus petit dénominateur commun mais admettre qu’il y a des terrains communs comme il y a aussi des divergences. Celles-ci ne doivent jamais nous empêcher de vivre ensemble. Garder les différences et comprendre les divergences n’est-ce pas tisser d’authentiques liens d’amitié fraternelle ?

4 * L’écoute, le regard, le dialogue dans le respect mutuel me conduit à un déplacement intérieur : Se laisser conduire par l’Esprit au cœur du mystère de ma propre vie et de la foi. Se laisser guider sur un chemin d’espérance.

Ecouter, regarder le positif, dialoguer conduit à un déplacement qui n’est pas seulement culturel, extérieur mais aussi spirituel.

Faire une place à l’autre, le rencontrer et l’accepter dans ses différences et ses divergences, c’est se laisser interroger, bousculer dans sa propre expérience spirituelle, son expérience de foi.

Par l’Esprit se laisser guider sur un chemin d’espérance. Il me met en état d’espérer en vivant la patience et l’espérance. Il nous aide à découvrir les signes de la présence de Dieu à notre monde.

De plus j’ai besoin de l’autre pour découvrir des aspects du mystère du Christ que je ne peux pas découvrir uniquement par moi-même

5 * Dans ce monde qui bouge, dans la rencontre avec ceux qui ne pensent pas comme moi, je suis conduit au mystère de la foi et de l’Espérance.

Le récit d’Emmaüs illustre nous rend participant à l’expérience de ces deux disciples qui ont retrouvé le goût de l’espérance.
Les autres sont porteurs de l’Esprit.
Chrétiens nous sommes porteurs de quelque chose de spécifique dont les autres ne sont pas porteurs : nous sommes porteurs de ce que Dieu a révélé dans la vie, la mort, la résurrection d’un homme, Jésus de Nazareth.

Le sens et les conséquences de l’Incarnation sont sans cesse à redécouvrir et à réactualiser.

Etre chrétien c’est assumer notre condition d’homme. Il n’y a pas l’homme + le chrétien. Il y a simplement l’homme qui accepte d’être orienté vers le Christ par l’Evangile. Il y a une manière chrétienne de vivre la relation à l’autre, de faire une place aux marginaux…etc.

Etre homme d’espérance c’est placer sa vie sous le regard de Dieu, sous la Parole de Dieu, dans l’Ecoute de l’Esprit et de l’Actualité, et ne pas le faire seul mais avec d’autres.

Etre Semeur de chemins d’Espérance.

L’espérance ne tombe pas magiquement du ciel. Elle exige notre participation active. Elle nous invite à prendre du recul par rapport aux nouvelles présentées sur nos écrans et à essayer de repérer autour de nous les actes de générosité, d’attention aux autres et à tous ceux qui se montrent attentifs aux personnes les plus fragiles de notre société.

Pour devenir semeur d’espérance, inutile d’accomplir des actes spectaculaires : il suffit d’introduire de l’humanité dans la vie quotidienne : un sourire, une main tendue, une écoute vraie de l’autre, une parole qui valorise, un engagement ecclésial, politique ou autre.

De proche en proche reconstituer un tissu humain capable de faire reculer la violence et le non-sens !

Etre témoin d’espérance n’est pas donné un témoignage rabougri et ratatiné ! C’est diffuser du positif ! De nombreux exemples autour de nous : Voir plus haut : Concile, Pontificat de Jean Paul 2 avec ses gestes prophétiques et ses nombreux messages sur le devenir de l’homme et sa liberté : rapports avec les juifs, reconnaissance des erreurs des chrétiens dans l’histoire de l’Eglise, Assisse, JMJ, funérailles du pape avec une participation extraordinaire au cœur d’un symbole fort : le vent qui tourne les pages de l’Evangile posé devant le cercueil ! …etc.

Tenir à l’espérance c’est tenir à Dieu.

Souvent nous vivons dans l’urgence. Nous vivons des temps où tout semble mangé par l’urgence.

Dieu seul peut nous donner la lucidité, le courage et la force de réintroduire du sens, de l’espérance là où il semble ne pas y en avoir : du respect et de l’amour là où les relations sont contaminées par l’individualisme exacerbé, par le souci narcissique de la réussite;
Mais Dieu ne fera rien sans nous ! L’espérance est remise entre nos mains de chrétiens.

L’espérance est une force créatrice. Cf. Nelson Mandela, Martin Luther King.
Cela semble toujours impossible jusqu’à nous le fassions  » Nelson Mandela
*
L’espérance est une force de renouvellement. P. Wresinski et ATD
L’espérance prend corps dans une dimension communautaire.
Sans l’espérance on ne trouvera pas l’inespéré.

En conclusion un regard sur l’espérance de notre Fondateur:

Constance dans l’espérance.

Dans la Foi, de Marion Brésillac s’est totalement abandonné à Dieu. Mais comme tout chrétien il a été confronté aux terribles obscurités de la Foi, aux lourdeurs et décourageantes ambiguïtés des relations interpersonnelles, et aux manques de charité dont il souffrait.

Aussi pour lui l’espérance avait autant d’importance que la foi.

La disponibilité dont il a toujours fait preuve pour la mission que ses Supérieurs voudront bien lui confier est signe de l’espérance qu’il porte en lui.

Une persécution contre les chrétiens fait rage en Corée : un évêque, Mgr Imbert, 2 missionnaires et 250 chrétiens ont été tués. Dans une lettre adressée aux Directeurs de Paris, il écrit

 » Je m’empresse vous écrire, messieurs, pour vous dire que je suis à votre service et que je recevrai avec une bien grande joie une destination à laquelle je n’ose pas prétendre mais que je désire de toute mon âme… » (146)

Alors qu’il est à Pondichéry, en réfléchissant sur la situation du clergé indigène, et l’engagement particulier que le Seigneur semble lui demander, il écrit :

 » Oui, le Seigneur a déposé dans mon âme l’espérance de faire quelque chose pour sa gloire ; il me semble aujourd’hui qu’il augmente cette espérance, en me laissant apercevoir quels moyens il faudrait prendre pour que notre action fut plus efficace pour le salut d’un peuple qui est devenu mon peuple … » (136)

En tant que Supérieur du séminaire, lors d’une distribution des prix, dans son discours il s’interroge au sujet de la formation qu’il a voulu donner aux jeunes :

 » Quelles ressources trouvons-nous dans l’intelligence de la jeunesse indienne ? Quelle éducation prétendons-nous donner dans ce séminaire ? « 

Face aux les difficultés à traverser, l’espérance qui l’animait le pousse à écrire :

 » Quelle espérance avons-nous de les surmonter ?  » (174)

En faisant allusions aux difficultés qui ne le découragent pas, en s’adressant aux élèves, il leur avoue :

 » Cette espérance, c’est vous-mêmes chers élèves qui m’avez comblé de consolation cette année, vous qui avez travaillé avec une ardeur peu commune… » (175)

Pour lui, l’espérance grandit dans la foi.

Le thème de l’espérance dans sa vie, dans ses écrits et dans ses engagements est bien souligné par B.S. Celui-ci écrit à la page 286 :

 » Après le thème de la foi vient celui de l’espérance qui grandit si grandit la foi. L’espérance rend tout possible, si nous voulons profiter de ce que la bonté de Dieu nous donne. Même si nous sommes faibles et pécheurs, nous ne devons pas craindre et désespérer : Dieu est Père et veut être appelé Père « 

Alors qu’il est hébergé provisoirement chez les Capucins de Versailles, il envoie au St Père par l’intermédiaire de Mgr Barnabo, une demande pour un départ en mission. Il suggère le centre de l’Afrique.

Mgr Barnabo lui répond que se demande étonnera le pape étant donné que sa requête est trop proche de sa démission. Il lui répond :

 » J’espère toujours que le St Père m’accordera sa bénédiction pour un point du globe où il n’y ait pas d’ouvriers évangéliques… » (334)

 » Permettez-moi d’espérer qu’un jour viendra où l’on reconnaîtra que je n’ai fait que mal exprimer des choses vraies. » (Mission en Afrique de l’Ouest p 29)

C’est dans l’espérance qu’il ne cesse de présenter sa disponibilité à Rome et son souhait de se voir envoyer dans le coin le plus reculé de l’Afrique, d’ouvrir une mission dans des lieux jusqu’à ce moment inaccessibles. Il est à l’affût des signes d’espérance.

Au début de la naissance de la Société, il écrit :

 » Aujourd’hui mes espérances sont dépassées, nous avons une maison, les sympathies du clergé où j’ai pu suffisamment faire connaître mon œuvre, l’assurance du secours de la Propagation de la Foi, huit ou dix sujets très bien disposés dont quatre ou cinq à partir dans quelques mois, la perspective de nombreuses vocations pour alimenter l’avenir de notre maison centrale à Lyon.  » (389)

L’espérance chrétienne le soutient mais il sait qu’il ne cessera de rencontrer des obstacles sur sa route : obstacles des confrères, incompréhensions des Supérieurs sans compter les imprévus de toutes sortes qui le poussent à s’abandonner de plus en plus à la Providence.

Il ne cessera de demander au Seigneur :

 » La persévérance de la bonne volonté, le courage d’une constance ferme et patiente, le secours d’une prudence éclairée. » P 90

7635 – 2016

Denis Masselis, sma