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Messe pour Mgr Assogba du Bénin





La famille des Missions Africaines et la communauté béninoise de Lyon se sont retrouvés autour de l’autel pour célébrer une messe en hommage à Mgr Assogba décédé le mardi 22 août à Bohicon. La tristesse n’était pas au rendez-vous mais plutôt l’action de grâce pour ces belles années que nous a offertes Mgr Assogba, ancien évêque de Parakou et archevêque émérite de Cotonou.

Nous vous partageons

      • un album photos de cet événement en cliquant ici
      • Une vidéo des chants de la célébration :

 


Voici l’homélie que nous a donné le Père Paul Quillet, sma qui a travaillé au diocèse de Parakou ainsi qu’à Cotonou, il a bien connu Mgr Assogba et nous partage ses souvenirs…

MESSE POUR MONSEIGNEUR NESTOR ASSOGBA

Avec les béninois

à Lyon 150 le 2/09/2017

 

Il m’a été demandé de prendre la parole en ce jour où nous rendons hommage à notre Père, Monseigneur Nestor Assogba,

il vaudrait mieux dire ce jour où nous rendons grâce pour tout ce Mgr Nestor Assogba était, ce qu’il a été pour l’Eglise du Bénin et pour chacun d’entre nous.

Beaucoup de mes frères ici présents auraient pu le faire aussi bien que moi, Pierre Legendre, Pierre Richaud, François du Penhoat, Michel Guichard, Claude Vincent…

Pour moi, il a été mon évêque pendant 19 ans à Parakou.

Il m’a guidé et éclairé sur les chemins de la mission.

Il a été pour nous tous un modèle de paternité, de fraternité, d’humanité.

 

Mon premier souvenir

Le samedi 10 avril 1976, tous les pères du diocèse de Parakou étaient convoqués à la paroisse cathédrale de Parakou, la seule paroisse à cette époque.

En arrivant, nous avons vu des évêques, beaucoup de prêtres, en belles soutanes blanches !

Nous nous sommes doutés que quelque chose d’important allait se passer.

A un moment est arrivée une 404 bâchée. Un prêtre est sorti en soutane kaki, les bas de pantalon relevés, un peu poussiéreux. C’était le recteur de Djimé qui apportait des bidons d’huile rouge pour le séminaire Notre Dame de Fatima.

Un peu plus tard, dans la cathédrale, il nous était présenté comme notre évêque.

Le 25 juillet 1976 Mgr Bernardin Gantin, venu de Rome, lui donna l’ordination épiscopale entouré de Mgr Lucien Monsi-Agboka d’Abomey et Guy Riobé, évêque d’Orléans.

Mgr Gantin dans son homélie parla des « coiffures de nos mamans, plus belles que nos mitres d’évêques ».

Mgr Guy-Marie-Joseph Riobé, évêque d’Orléans, lui avait fait découvrir la spiritualité de « Jésus Caritas », inspirée de Charles de Foucauld. Le Centre d’accueil de Parakou porte son nom.

 

Un homme de foi

Je crois que les textes du 22ème dimanche TO conviennent bien pour Mgr Assogba.

« Seigneur, tu m’as séduit et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi » dit Jérémie.

Il n’avait pas cherché l’épiscopat, je crois même qu’il avait refusé, au moins une fois.

Mais il s’est laissé saisir par le Seigneur et a répondu généreusement à ses appels.

C’est ce qui lui a permis de vivre courageusement son ministère pastoral à Parakou, puis à Cotonou.

 

Vous vous souviendrez qu’en 1976 la « Révolution » était particulièrement chaude au Borgou.

Il s’est fait arrêter plusieurs fois par les gendarmes et les brigades qui barraient les routes, se faisant ramener au poste entre des hommes armés de kalchnikov.

Il était souvent l’hôte du ministère de l’intérieur pour protéger ses pères. Un a été expulsé, deux autres ont pu rester au Bénin.

Il a empêché que l’on prenne la mission de Segbana pour en faire un campement.

Il a su marcher à la suite du Seigneur et prendre sa croix comme dit l’évangile sans se décourager, sans peur. « Du calme ! Dieu s’en charge ! » répétait-il souvent.

 

Pendant cette période difficile, au moins une fois par mois, il faisait le tour de son grand diocèse pour passer voir chacun et redonner courage aux Pères et aux Sœurs tout particulièrement.

Lorsqu’il montait au Nord, jusqu’à Ségbana,

– vous voyez ce que cela représente sur les routes et pistes de l’époque –

il faisait un détour pour visiter les missions à l’écart de la route, ex. Nikki ou Bagou :

« Je passais par là, je suis venu vous saluer et prendre de vos nouvelles ».

Il buvait un verre d’eau parlait un peu et reprenait la route, accompagné de son fidèle chauffeur, Toko.

 

Cela a du être difficile pour lui, venant du Sud, de s’adapter à la culture du Nord-Bénin. Pendant presque deux ans, avant de découvrir tout ce qui se vivait dans son diocèse, il nous répétait souvent : « Lorsque j’allais à Zogbodomè…. »

Lorsqu’il sera archevêque de Cotonou, il dira « Lorsque j’étais au Nord Bénin… »

Les missionnaires du diocèse de Parakou, les Pères surtout ne l’ont pas ménagé.

(Nous étions 12 seulement pour tout le diocèse)

Je ne vous raconte pas en détail sa première visite à Bagou. Je lui ai laissé mon lit en bambou dans ma petite chambre et je me suis mis dans le salon sur un lit de camp.

Le lendemain, nous sommes allés, chacun avec sa mobylette, à travers des marigots, dans les campements peuls où il a du boire la bouillie et le lait.

Avec un grand rire, il m’a souvent rappelé ce moment-là.

Il avait connu les communautés chrétiennes du Sud et il arrivait en milieu de première évangélisation. Nous n’avions pas toujours les mêmes approches pastorales et parfois cela chauffait.

Un jour, il s’est heurté très fortement à un de nos frères qui est reparti le soir même à Banikoara, très malheureux.

Le lendemain très tôt, Mgr Assogba prenait la route jusqu’à Banikoara où il est arrivé vers 11heures. « Père, hier nous nous sommes fâchés, aujourd’hui, asseyons-nous et parlons ». Ils ont pris le temps de parler calmement, ils se sont compris. Il a mangé un peu et il est reparti pour arriver à la nuit tombante, 600 km sur de mauvaises pistes pour une rencontre fraternelle !

Les gens du Nord ont conquis son cœur. Comme il le rappelait en fêtant ses 40 d’ordination épiscopale : « J’allais dans les campagnes pour les visites pastorales. Je ne me suis jamais senti étranger dans la région des ’deux nords’. Partout, j’étais accueilli, et moi-même, je n’allais pas vers eux comme un étranger. » On passerait des heures, des jours pour raconter ce qui se vivait dans ces moments-là…

J’ai souvenir de la célébration de son jubilé d’argent sacerdotal. Il était grippé, les sœurs l’avaient bourré de médicament. Lorsqu’on lui a offert au nom de la communauté une belle cathèdre (siège épiscopal), cela ne l’a pas ému. Ensuite, on lui a présenté une belle canne de chef bariba, comme une crosse. Alors, il s’est levé. Avec une voie tremblante, il a dit :

« Vous les baribas, les Peuls, les Bos et vous tous gens du Borgou, vous êtes mon peuple ».

Des larmes coulaient sur ses joues ».

Il lui est arrivé de devoir prendre des décisions difficiles et des sanctions pour l’un ou l’autre de ses prêtres. Il n’abandonnait jamais « brebis égarée » et restait proche par des visites. Il s’assurait que la personne pouvait vivre décemment.

Il a su concilier durant toute sa vie le sens paternel et la rigueur qu’exigeait la mission qui lui était confiée, comme le rappelait Mgr Antoine Bio dans l’homélie de ses obsèques

Il a été pour nous tous, à Parakou, à Natitingou, à Cotonou, un modèle de paternité, de fraternité, d’humanité, disais-je commençant.

« In finem dilexit » était sa devise : Il les aima jusqu’à l’extrême. Il nous a aimés jusqu’au bout.

Il avait une foi solide et de grandes convictions qu’il savait affirmer avec force, mais aussi il savait écouter. Il écoutait l’Esprit et il nous écoutait. Il savait faire confiance à ses frères prêtres, aux religieuses.

Nous nous sentions vraiment responsables des tâches qu’il nous confiait.

Il savait reconnaître l’Esprit de Dieu à l’œuvre là où lui-même ne serait pas allé naturellement et il nous poussait sur les chemins de l’Esprit.

 

Président de la Commission nationale pour les relations entre chrétiens et musulmans, il avait pris cela à cœur. Le secrétaire n’étant pas très convaincu ni actif dans ce domaine, il comptait sur moi pour cette mission.

Lors de ses visites pastorales, si elles le désiraient, il rencontrait les communautés musulmanes, et engageait le dialogue avec les musulmans. La communauté de Bagou avait dit qu’une délégation viendrait lui rendre la visite. Nous les avons attendus à l’évêché. Les taxis sont arrivés vers 13 heures 30. L’appel à la prière résonnait déjà, le groupe ne savait que faire. Il leur a offert de prier sur la terrasse avant de manger.

Il a œuvré pour que des prêtres et des leaders chrétiens se forment dans le domaine des relations chrétiens et musulmans.

En 1999, il succèdera à Mgr Isidore de Souza. C’est avec un grand sens d’Eglise, d’écoute, d’obéissance, de sacrifice qu’il acceptera cette nouvelle mission. Là il va continuer à être un grand homme de Dieu pour guider son peuple.

A Cotonou, nos rencontres étaient plus officielles. Je l’ai souvent rencontré comme responsable de l’année spirituelle SMA à Calavi, puis au titre de supérieur régional et président de la Conférence des Supérieurs majeurs de l’AO.

Des audiences qu’il m’a accordées, j’ai retenu ses paroles : « Père, je sais que vous allez me parler de problèmes, mais je sais qu’il sont résolus. Prenons donc dix minutes d’amitié ».

Monseigneur Antoine Bio a évoqué quelque chose de semblable au début de l’homélie de ses obsèques.

Monseigneur Nestor Assogba, une belle personne, comme nous aimerions tous l’être,

Un pasteur, un prêtre, un missionnaire, un homme de Dieu comme nous aimerions tous l’être.

Comme le dit Saint Paul dans la deuxième lecture, il a « présenté sa personne toute entière, en sacrifice vivant, saint capable de plaire à Dieu…

Jésus, entouré de Marie, sa mère, de Sainte Thérèse, ne peut manquer d’accueillir Monseigneur Nestor à bras grand ouverts pour présenter son fidèle serviteur à son Père et le faire entrer dans sa joie et sa paix.

Nous pouvons l’invoquer pour qu’il intercède pour le Bénin qu’il aimait tant.

Il en a été un fils digne et remarquable.

Paul Quillet, sma