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Les quatre saisons à Rezé





bertonneauEn mai 2013, je ren­trais définitivement du Niger, avec le cœur gros et un brin de cafard. L’automne me vit faire mes premiers pas comme responsable de la maison de Rezé sous l’œil bienveillant des confrères. On a beau­coup de choses à apprendre de la vie quoti­dienne d’une communauté, il y a des us et coutumes à respecter.

Chacun à sa place et, selon ses possibilités, apporte sa pierre à la marche de la maison .En même temps j’ai un œil sur ce qu’on appelle le parc et ses fleurs qui rythment les saisons. Pour moi, depuis une dizaine d’années je ne connaissais que deux sai­sons: l’une sèche qui durait 9 mois et l’autre pluvieuse de 3 mois. Mais voilà que l’automne avec des feuilles d’arbres aux merveilleuses couleurs arrive à son terme. Les zinnias et les roses qui décoraient notre chapelle sont aussi disparus, mais ils ont été remplacés par l’étoile rouge de Noël (en pot) et le sapin tout de vert vêtu. A la jointure de l’automne et de l’hiver, l’Amicale se met en marche pour une nouvelle campagne dont le point d’orgue est ce qu’on appelle les Journées d’Amitié. Là aussi le fonc­tionnement est parfaitement huilé, chacun sait ce qu’il doit faire. Une ambiance joyeuse et fraternelle se dégage de ce groupe.

Le temps pluvieux de cet hiver invitait plutôt au spleen qu’à la joie. Et pourtant voilà qu’une fois par mois le soleil arrive dans notre maison avec le groupe d’handicapés « Foi et Lumière » rejoint le 16 février par le groupe  » Arc-en-ciel ». La joie est sur tous les visages même si cette situation de parents d’handicapés est lourde à assumer. Une maman me confiait : »L’affection de mon enfant de 29 ans et mon groupe me font du bien et m’aident à assumer la situation car je suis seule pour m’en occuper ». Pendant ce temps les jonquilles finis­sent de s’épanouir, les camélias se parent de leurs grosses fleurs rouges qui ne durent pas longtemps et une branche de mimosa a embaumé de sa forte senteur notre chapelle. Tiens le printemps arrive donc vite cette année !! La vie reprend, la fête de Pâques est proche, les fleurs que j’évoque me font penser à ce conte indien (un clin d’œil aux confrères de Dogondoutchi au Niger).
Dans un village de l’Inde, un vendeur d’eau se rend chaque matin à la rivière muni de ses deux cruches. Il les remplit et il revient vers la ville pour vendre l’eau à ses clients. L’une des deux cruches, plus ancienne, est fissurée. Elle perd de son eau sur la route du retour. L’autre toute neuve, rapporte donc plus d’argent à son maître. La pauvre infirme se sent infé­rieure. Et un matin, de retour de la rivière, en plein milieu de la distribution, elle décide de se confier à son patron.
Tu sais, lui dit-elle, je suis bien cons­ciente de mes limites. Tu perds de l’argent à cause de moi, car je suis à moitié vide lorsque nous arrivons à la ville. Pardonne mes faibles­ses, je ne fais pas aussi bien que l’autre. Je ne suis bonne à rien ». Le patron ne répond pas. Le lendemain, de bon matin, en route vers la rivière, notre patron interpelle sa cruche fissu­rée : » Regarde le bord de la route ». Celle-ci répond : » Oui, c’est joli, l’herbe est belle, et c’est plein de toute sorte de fleurs »-  » Eh bien, c’est grâce à toi » réplique le patron qui poursuit : « Oui, figure-toi que chaque matin tu arroses le bas-côté du chemin. Alors je me suis dit que cela pourrait être utile, au lieu d’être perdu ! J’ai acheté un paquet de graines de fleurs. Je les ai semées tout le long du chemin. Et toi, sans le savoir, sans le vouloir, tu les arroses chaque jour, et tu les fais fleurir. Et puis tu verses de l’eau sur l’herbe qui reste bien verte.
C’est ainsi que notre chemin de chaque jour est si beau ! Ne l’oublie jamais, nous sommes tous un peu fissurés ! Mais si nous en parlons à Dieu et si nous savons bien faire, Dieu avec nos faiblesses peut faire des choses merveilleu­ses. » (Ça ressemble à du saint Paul !).
A bon entendeur salut et joyeuse fête de Pâques.