Dans ma vie de prêtre et de missionnaire

            Ce qui a été très important dans ma vie de prêtre et de missionnaire, ce sont toutes les rencontres que j’ai eu l’occasion de faire ; elles ont souvent marqué et orienté ma vie en m’invitant à l’attention et à l’écoute. Je voudrais vous en partager quelques-unes

            1. Dans mon enfance, j’ai eu un curé qui a beaucoup influencé ma paroisse. C’était un homme un peu exceptionnel qui nous aurait emmenés au bout du monde. Il est mort après 2 ans de présence à l’âge de 50 ans. Le jour de l’enterrement, celui qui a prononcé l’homélie a posé une question : un prêtre est mort, qui va le remplacer ? Qui prendra la relève ? J’ai entendu la question car, ce jour-là, j’étais enfant de chœur. Dans mon cœur d’enfant, je me suis dit immédiatement : c’est moi. C’est évident, cela ne se discute pas. Et 6 mois plus tard, à 11ans, je suis entré au séminaire des Missions Africaines à Rezé. Sans cette homélie, je ne serais peut-être pas ici, ce matin, pour rendre grâces avec vous.

            2. J’ai passé de nombreuses années au Bénin et je voudrais vous partager deux rencontres toutes simples, mais tellement riches de sens.

            – Cette année-là, je rentrai de 2 mois de congés en France. C’était un vendredi. Le dimanche suivant, je suis parti en brousse pour célébrer la messe dans deux villages. En rentrant, je suis allé rapidement faire la sieste. Je venais à peine de m’étendre que quelqu’un a frappé à la porte. Je n’ai pas bougé. Mais on a continué à frapper et j’ai commencé à penser : Ce qu’ils sont fatigants ces Béninois ! Qu’ils me laissent me reposer un peu ! On a encore continué à frapper, et je me suis donc levé, un peu mécontent. En ouvrant la porte, j’ai vu un vieux papa que je connaissais bien. Il avait fait 3 km à pied sous le soleil. Il m’a souri et il m’a dit : Père, j’ai appris que tu étais revenu ; alors j’ai voulu venir voir ton visage. Je te vois et je suis heureux. Merci d’être là. Maintenant je peux retourner chez moi.

            – Un vieux de ce même village, le village de Lissèzoun, avait demandé le baptême. Quelques jours avant la célébration, j’ai encore causé avec lui et je lui ai dit : Papa, tu veux devenir chrétien mais, tu sais, l’Eglise dans laquelle tu vas rentrer, elle est loin d’être parfaite. Il y a des divisions, des querelles dans la communauté. Cela ne te fait pas peur ? Il a réfléchi un instant et il m’a répondu : si un jour quelqu’un, par amitié, t’offre une belle pièce de pagne, du pagne Chigan, que tu seras fier de porter, et que toi, par négligence, tu viens à la salir, à la souiller, est-ce que tu vas accuser ton bienfaiteur ? Ce que Dieu nous donne est un cadeau inestimable, à nous d’en prendre soin !

            3. Revenant d’Afrique, j’ai travaillé dans une paroisse à Nantes en milieu populaire. Assez vite, mon curé m’a demandé d’aller porter la communion à Henriette. Quand je suis arrivé chez elle, j’ai trouvé une femme assise dans son lit ; elle ne s’alimentait pas, mais c’est par un tuyau qu’elle était nourrie ; elle ne parlait pas. Par contre, elle comprenait bien mes conversations avec son fils. Je suis allé la visiter chaque mois durant 4 ans. Je n’ai jamais vu cette femme se plaindre, mais je l’ai toujours vu souriante, heureuse. J’ai été impressionné par sa manière d’accepter et de vivre son handicap. Elle est décédée voici quelques mois et j’ai pu dire à son fils : ta maman est une sainte ; elle fait partie de ces saints de la porte d’à côté, dont parlait le pape François. Désormais, c’est elle qui va prendre soin de toi.

            Ma vie de missionnaire m’a permis de faire mille et une rencontres toutes simples ; mais elles m’ont très souvent révélé l’amitié, la sagesse, la foi de celles et de ceux qui m’entourent. Peu à peu, j’ai compris qu’évangéliser, ce n’est pas d’abord annoncer Jésus, mais c’est aller à sa rencontre : car il nous précède et nous attend déjà, en chaque personne, sur notre route.

André Moriceau