Témoignage de Claude Nachon

Très modestement (!) je vous dirai que j’ai été témoin de l’action accomplie par le plus grand missionnaire de la SMA… Il s’appelle l’Esprit-Saint. Mais je vous assure qu’il n’est pas pressé ! 

Cela s’est passé à Soubré, une immense paroisse, de 10.000 km2, deux fois mon Jura natal, dans la forêt dense de Côte d’Ivoire. Cette paroisse avait été fondée en 1940 par Claude Dauvergne, originaire de Saône et Loire. Il a eu comme vicaire Noël Tékry qui est devenu évêque de Gagnoa.

27 ans après, en 1967, quand je suis arrivé, ils n’avaient pas encore célébré un seul baptême (si ce n’est quelques élèves, indépendamment de leurs parents). Le travail premier des missionnaires ne consistait pas à prêcher ou baptiser, mais à ouvrir des écoles. Nous en avions 43, 5 officielles et 38 clandestines, mais tellement clandestines que c’est le sous-préfet et l’inspecteur primaire qui nous demandaient d’ouvrir des écoles dans des villages isolés où on ne pouvait aller qu’à pied. Un grand service à la population…  Sans aucun espoir de développer le christianisme.

Un beau jour je vais visiter l’école de Madoguhé, à 62 kms de Soubré. Un couple bienveillant, Prosper Madi et Jeanne Zoblè, m’offrent l’hospitalité. Je dors sur un tara dans leur case et le matin je vais à l’école avec ma valise-chapelle pour célébrer la messe. Le maître d’école avait convoqué tous ces petits boutchous qui découvraient…un vrai mystère. Et je vois au fond de la classe un homme demeurer debout pendant toute la messe.

  Nous faisons connaissance, Il s’appelle Paul-Henri Yeffo. IL me dit « j’ai été baptisé et je veux recommencer mon baptême ». Comment ? quand ?  A Fréjus me dit-il, pendant la guerre.

Il faisait partie des tirailleurs sénégalais, tout en étant ivoirien. Les bons aumôniers militaires, voyant que tous ces africains étaient envoyés au front comme de la chair à canon, les baptisait tous pour qu’ils n’aillent pas en enfer. Cela ressemblait plus à un vaccin qu’à une adhésion au Christ. Et quand

il est revenu dans son village en 1945 Paul-Henri Yeffo n’a jamais dit ni montré qu’il était chrétien.

Et voilà que 22 ans après son retour, apprenant qu’une messe est célébrée dans son village, il y va. La grâce de son baptême se réveille à tel point qu’il veut le renouveler. Je lui explique qu’on ne baptise qu’une seule fois, que son baptême est toujours valable, j’en demande le certificat à l’aumônerie militaire à Nantes. Je répands la nouvelle « voici un chrétien », je lui demande de former un petit groupe pour prier avec lui tous les dimanches.  Je reviens tous les mois, un catéchuménat se met en place et à Pâques 1970, je baptise pour la première fois deux adultes bétés de Soubré. Cette petite communauté exulte de joie, va chanter dans les villages voisins. Deux ans après c’est le baptême de 30 adultes et ça s’est multiplié… multiplié.

J’ai interrogé l’évêque de san Pedro, Mgr Alexis Touabli, que j’ai connu séminariste. IL vient de me communiquer ces chiffres, fabuleux : sur ce même territoire notre paroisse de Soubré en a engendré douze. Elle a donné naissance à 18 prêtres et les 13 paroisses actuelles sont desservies par 22 prêtres. Les chrétiens se comptent par dizaines de milliers.

Le réveil baptismal du tirailleur Paul Henri Yeffo a soulevé, pour le Christ, une foule immense. Vraiment l’Esprit-Saint, il est trop fort !