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Décès du Père Maurice Prat – 1928-2018





Il est né le 5 mars 1928 à Saint-André-Lachamp (Ardèche), diocèse de Viviers, et est baptisé trois jours plus tard. Assez vite, sa famille se retrouve à La Tour de Salvagny, dans l’ouest de Lyon. Après ses études primaires, il entre en 1940 à l’école cléricale de Claveisolles (Rhône), puis, en 1942, il entre au petit séminaire Saint-Jean à Lyon. C’est à la fin de sa classe de première, en juillet 1945, qu’il fait sa demande pour entrer aux Missions Africaines. Il passe alors une année à Pont-Rousseau pour faire sa philosophie universitaire, puis rentre à Chanly, au noviciat en 1946 où il passe deux années qu’il conclut par son premier serment temporaire. Au moment de son admission à Chanly, en août 1946, le supérieur de Pont-Rousseau écrit : « Il y a beaucoup d’espoir dans ce parfait séminariste ». Il est ordonné prêtre en 1953.

1953-1963 – L’Homme de la Parole

Après une année où il passe la licence de théologie à l’Angelicum, à Rome, il continue au Biblicum où il obtient au bout de deux ans la licence en Ecriture Sainte. En septembre 1956, il est nommé professeur au 150.

Durant l’année scolaire 1957-1958, il suit des cours d’Ecriture sainte à la Faculté de théologie de Lyon. En octobre 1958, il est chargé, en plus de ses cours au 150, d’assurer l’enseignement en anglais en classe de 6e à Chaponost.

En 1959, il va à Ouidah au Dahomey comme professeur d’Ecriture Sainte au Grand Séminaire où il remplace le Père Paugam qui prend sa place au 150.

Mais il a quelques problèmes de relation avec Mgr Gantin. Finalement, en mars 1962, ce dernier dit au Régional qu’il accepte de garder le Père Prat et de lui confier un ministère paroissial.

Il revient à Lyon, mais il ne reste qu’une seule année au 150, et il repart en août 1963.

1963 – 1976 Au diocèse de Cotonou

« Je suis maintenant à Cotonou où je dois commencer la paroisse du Bon Pasteur de Cadjehoun. […] Pour le moment je manque à peu près de tout. »

En 1966, à la mort du père Bothua, c’est le père Bellut qui est nommé Régional. C’est Maurice Prat qui est nommé adjoint et premier conseiller. Il reste cependant en charge du Bon Pasteur. En 1969, il va habiter à Séhoué, laissant Jean Rassinoux à Houegbo. Il construit les chapelles de Kpomé et de Djigbé.

1971 : commencement de la construction de la maison des soeurs. A chaque fois qu’il fait des constructions, il demande au Conseil provincial de lui faire une attestation de don pour être exonéré de taxes : un jour c’est 100 tonnes de ciment, un jour c’est cinq tonnes de fers, un autre jour c’est toute la valeur des matériaux de couverture…

Le 30/12/1972 : « il paraît que je suis délégué à l’Assemblée provinciale. J’y viendrai volontiers. » Guy Ollivaud, nommé curé à Houegbo, vient vivre avec lui à Séhoué, ne voulant pas rester seul.

En 1974, il est en pourparlers avec le Conseil général pour la constitution d’une équipe inter provinciale soit au Nigeria, soit au Liberia. Finalement, il est presque décidé qu’il aille à Ibadan enseigner l’Ecriture sainte ; il parle déjà visa pour l’Angleterre pour y étudier la langue, il dit qu’il entend garder des contacts avec Cotonou.

On ne sait pas pourquoi cet enseignement à Ibadan n’a pas eu lieu. Finalement, il quitte Séhoué et est nommé à Sainte-Cécile à Cotonou.

1976-1981 – En attendant de repartir ..

Il rentre à nouveau en 1976 pour un recyclage. Il suit des cours d’Ecriture sainte et sur les sacrements. Il passe tout le premier trimestre chez lui pour soigner sa maman et « s’initier au travail qui sera le sien quand il sera à Montferrier ».

Normalement, il devrait prendre la direction de la maison de Montferrier à la fin de son recyclage. Mais à Montferrier les choses ne vont pas vite. Il y a une année à occuper… Le Conseil pense un moment envoyer le père Prat au Burundi comme professeur d’Ecriture sainte, puis auprès du cardinal Zoa à Yaoundé. Finalement, il est remis pour une année à la disposition de Mgr Adimou pour servir à Toffo, comme remplaçant du père Gérard Guillet. Il lui est demandé d’être de retour à Lyon pour le 1er juillet 1978.

« Le nouveau Conseil provincial te confirme à la tête de notre future maison des anciens à Baillarguet à partir du 1er septembre 1978. » (le 24 juillet 1978)

Le même jour, il est nommé membre de la commission chargée de la coordination des textes de nos assemblées provinciales de 1968, 1973 et 1978. Il a l’impression que l’évêque de Montpellier se moque de lui en lui confiant une petite paroisse de 80 habitants. Nouvelle proposition pour une paroisse de Montpellier où le curé est impossible. Finalement, Maurice se replie dans sa chambre avec ses bouquins. Il cherche des renseignements pour faire un stage pour responsable de maison de retraite. Il ne tient pas à rester au-delà des trois années prévues par sa nomination et c’est pourquoi le 5 avril 1981 il reçoit sa mise à la disposition de l’Eglise de Cotonou. Dans sa réponse, il ajoute : « Je ne regrette pas d’avoir passé ces trois années en compagnie de nos anciens, mais je suis heureux que cette expérience ne soit pas prolongée. »

1981-1996 – Retour au diocèse de Cotonou.

Là encore, il construit beaucoup : maternité à Djigbé et à Koussi et des chapelles dans une dizaine d’endroits. En 1984, il vient en congé en bateau et repart de même.

En 1985, un père camillien vient se joindre à leur équipe de deux.

Des problèmes de santé l’obligent à rentrer, en juin 1987. A son retour de congé, il va loger à Séhoué, car la maison de Zè n’est toujours pas disponible

En décembre 1987, il est question un moment qu’il aille remplacer Michel Durif à la procure de Parakou, mais finalement pour diverses raisons, les choses ne se font pas et il reste à Séhoué en attendant que la maison de Zè soit terminée.

En 1988, il rentre en France pour se faire opérer d’une hernie. Il est fatigué d’attendre que la maison de Zè lui soit rendue.

Dès son arrivée à Zè, il parle construction : « préparation du chantier de la chapelle d’Hékanmé (la dernière ?) »

Lettre du 12/12/1988. « C’est à mon retour de congé que j’ai enfin pu m’installer à Zè, dans cette maison que nous avons eu tant de peine à récupérer. Il a fallu la remettre en état. […] J’ai aussi repris mes maçons et nous avons commencé une nouvelle chapelle à Hékanmé. Certains disent que j’ai la maladie de la pierre, mais je le fais par nécessité, pensant qu’un édifice convenable aide beaucoup les communautés à se rassembler et à prier. Je vois que toutes les chapelles que j’ai construites sont pleines tous les dimanches, même celles que je croyais trop grandes. »

Lettre du 16 septembre 1993 : « Je pense que si Mgr m’a nommé à Hékanmé, c’est en partie parce qu’il y avait des constructions à faire ; elles sont réalisées, le presbytère fin 92, puis le centre de santé et la maison des soeurs. Je regrette d’avoir eu à faire cela à peu près tout seul. »

 

Il se trouve seul et isolé à cet endroit et dès 1994 il demande à faire une année sabbatique. Finalement, il retourne encore pour un séjour à Hékanmé. En novembre 1996, le supérieur général lui propose le poste de supérieur de la maison généralice à Rome, en remplacement de Guy Ollivaud, en commençant par un séjour de trois mois en Irlande pour se parfaire en anglais.

Le Conseil provincial reçoit alors une lettre, à l’africaine, de membres de la paroisse d’Hékanmé demandant que le père Prat reste sur place. Il quitte la paroisse le 24 janvier 1997.

1997 – 2010 – Un chemin sinueux.

Il passe trois mois en Irlande. Le 4 juin, il reçoit sa nomination comme supérieur de la maison de Rome, nomination effective à partir du 26 mai 1997. En août, il quitte Rome, va à Lyon et accepte d’aller donner une année de cours d’Ecriture sainte à Bangui. Il y restera 6 mois et s’y ennuie. Il est donc remis à la disposition du supérieur régional du Bénin et retrouve son ancienne paroisse (Hekanmé) pour une année.

C’est alors que Mgr Bonfils lui propose un petit ministère dans une paroisse ; le Conseil le met donc à la disposition de l’évêque de Nice. Il sera tour à tour en paroisse, responsable d’un centre spirituel, puis professeur d’écriture sainte au grand séminaire de Nice.

N’étant à l’aise nulle part il va prendre une aumônerie de communauté religieuse en Seine et Marne, puis au Bénin, viendra à la rue Crillon, et sera à nouveau aumônier de religieuses, près de Lyon avant d’être nommé à Montferrier à la maison de retraite en 2010. Mais pendant ses 8 dernières années, il y fera des entrées et des sorties jusqu’à ce que le Seigneur le retienne définitivement ce 29 décembre 2018 pour le rappeler à lui.

Faire-part M.PRAT

Homélie pour le Père Maurice Prat. 2/1/2019.

Nous sommes au temps de Noël, temps de joie et de fête pour la naissance de l’enfant de Bethléem vers qui accourent les petits comme les grands, les simples comme les savants.

A Noël, nous étions à la crèche avec les bergers. Dimanche dernier nous étions au temple avec les docteurs de la Loi et Dimanche prochain, avec les mages qui ont suivi l’étoile, nous revenons à la crèche.

« Je suis le chemin » dit Jésus dans l’Evangile de St Jean lu tout à l’heure. Le chemin de cet enfant, né avant tous les siècles n’est pas linéaire comme on pourrait l’imaginer.

La liturgie de ce temps de Noël nous fait faire des aller et retours. Elle nous met en mouvement sur un chemin qui fait des va et vient. Ce Christ qui était et qui vient, qui est déjà là et qui reviendra a mis notre frère Maurice sur ce même chemin en mouvement depuis son ordination sacerdotale en 1953. Il aura travaillé 34 ans en Afrique spécialement au Bénin et en Centrafrique et 31 ans en Europe. Au cours de ces 65 ans de vie missionnaire il recevra 26 nominations.

Certains parmi nous ont besoin de durer dans un milieu pour faire corps avec un peuple et d’autres ressentent le besoin de ne pas s’agripper à un milieu de peur de se l’approprier en tournant autour de lui et surtout autour de soi-même. Maurice était de ceux-là. Maurice était un partant. Il avait le souffle du marcheur toujours prêt à prendre le sac et le bâton du pèlerin.

Comme les bergers sur les sentiers escarpés des monts de Palestine, comme les mages de l’Epiphanie sur le chemin tracé par l’étoile, comme les parents de Jésus sur la route de Jérusalem, Maurice partait de là où il était pour un ailleurs toujours meilleur à ses yeux.

Je pourrai spiritualiser davantage ces départs pour lui rendre hommage mais je serai plus vrai en supposant qu’il cherchait… et cherchait toujours un ailleurs pour étancher sa soif d’indépendance et de liberté qu’il affectionnait comme beaucoup d’entre nous.

Là où il fut un vrai chercheur c’est dans le domaine des Ecritures Saintes même s’il relativisait sa compétence. Après 3 ans de professorat à Lyon il écrivait au Provincial : « Je désire revenir au Dahomey, je serai plus utile là que dans l’enseignement où n’importe qui fera aussi bien ou mieux que moi. »

Son amour pour la recherche biblique n’était pas seulement un travail qui le passionnait intellectuellement mais c’était aussi son livre de vie, son livre de prière, sa prière. « cela fait du bien de pouvoir réfléchir et prier sans être toujours bousculé par des problèmes de ciment et de fers à béton ». C’est vrai qu’il a beaucoup construit : des églises, des chapelles, des dispensaires, des maternités, des presbytères… à la fin de chaque construction il disait que c’était la dernière mais en fait c’était l’avant dernière.

Chaque missionnaire a son chemin. L’étoile de Dieu le guide selon sa volonté qui ne rencontre pas nécessairement la nôtre. Partir sur son chemin c’est aller à la rencontre de l’autre, à la rencontre de Dieu. Maurice a pris son chemin en disciple du Christ. La route de Maurice a été droite, parfois sinueuse et de temps en temps embourbée ou ensablée mais elle l’aura conduit dans la direction de la vie qui ne finit pas.

Le poète a raison de dire « qu’après l’ascension il n’y a pas l’ascension mais le sommet ». Au bout du chemin de Maurice il n’y a plus de chemin mais le terme d’un pèlerinage.

Aujourd’hui, il est là où son Père a préparé sa juste place dans sa maison. « Je suis le chemin, personne ne va vers le Père sans passer par moi ». Jésus conduit au Père. Il n’est pas l’étoile qui conduit sur la route, il est la route. Maurice le savait et avançait jour après jour sur cette route avec la particularité de sa foi et l’originalité de son caractère.

Suivre l’enfant de Noël de la crèche au crucifiement c’est plus que suivre ses conseils, ses commandements et ses exemples, c’est communier à lui par la foi et l’amour.

A Cannes alors qu’il était prêtre auxiliaire dans l’humilité d’un ministère secondaire après avoir été un Monsieur distingué, il se demandait : « … quant à savoir si je suis vraiment utile ! C’est aux autres qu’il faudra le demander. »

C’est au nom « des autres » que je parle pour dire que Maurice a fait œuvre utile dans le champ de la mission et s’il ne l’a pas fait, il nous aura au moins appris que notre condition sur terre est une condition de pèlerin où nous n’avons pas de demeure permanente et que nous sommes toujours en marche vers le pays où nous sommes attendus, là où l’astre d’en haut nous conduit. Amen.

 

Michel Cartatéguy

Conseiller Provincial